[Focus] AVC : « Un patient sur trois hospitalisés en neurologie n'en survit pas » (2/2)
Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) constituent aujourd’hui l’une des principales urgences médicales au Sénégal et dans la sous-région ouest-africaine. À l’occasion des cinquièmes journées scientifiques de l’Association sénégalaise de neurologie, le professeur Maouli Fall, chef du service de neurologie et président du comité d’organisation, alerte sur l’ampleur du phénomène, les défis de la prise en charge et l’urgence de la prévention.
Selon le professeur Maouli Fall, ces journées scientifiques visent avant tout à favoriser les échanges entre spécialistes sénégalais et sous-régionaux afin d’améliorer les pratiques médicales en neurologie. « L’objectif général est d’échanger avec nos collègues de la sous-région et du Sénégal pour améliorer nos pratiques quotidiennes. Cette année, nous avons choisi de nous concentrer particulièrement sur les urgences neurologiques », explique-t-il.
Parmi ces urgences figurent les accidents vasculaires cérébraux, mais aussi les comas, les méningites et certaines pathologies du système nerveux périphérique, notamment le syndrome de Guillain-Barré, une affection pouvant entraîner des paralysies aiguës et parfois compromettre rapidement les fonctions respiratoires.
Les AVC, une urgence majeure de santé publique
Les AVC représentent aujourd’hui la principale cause d’hospitalisation en neurologie au Sénégal. « Dans les grands services de neurologie de la sous-région, notamment à Abidjan, Lomé ou Cotonou, les AVC constituent pratiquement les deux tiers des patients hospitalisés. Au Sénégal, la situation est similaire, notamment dans les services de référence comme ceux de l’hôpital de Fann ou de l’hôpital de Pikine », précise le neurologue. Plus inquiétant encore, un tiers des décès enregistrés en neurologie est lié aux AVC, confirmant leur gravité et leur impact sur la santé publique.
Des maladies favorisées par les modes de vie
Le professeur Fall insiste sur l’importance des facteurs de risque liés aux maladies non transmissibles. « Les AVC sont fortement associés à l’hypertension artérielle, au diabète, à l’obésité ou encore à la sédentarité. La modification des habitudes de vie constitue un levier essentiel pour réduire leur incidence », souligne-t-il. Contrairement à certaines idées reçues, l’AVC survient généralement de manière brutale et imprévisible. Il peut se manifester par des troubles du langage, de la vision ou de la motricité et, dans les cas les plus graves, entraîner un coma.
Une prise en charge urgente mais coûteuse
La rapidité d’intervention constitue un élément déterminant. Le spécialiste rappelle que la fenêtre thérapeutique optimale est d’environ 4 heures 30 minutes après le début des symptômes. « Durant ce délai, il est possible de réaliser les examens nécessaires, notamment le scanner cérébral, et d’administrer la thrombolyse, un traitement qui permet de dissoudre le caillot responsable de l’AVC.
Malheureusement, ce traitement peut coûter jusqu’à 1,2 million de francs CFA, ce qui reste difficilement accessible pour de nombreux patients », déplore-t-il. Au-delà de ce délai, la prise en charge reste possible, mais avec un risque élevé de séquelles souvent irréversibles.
Un déficit de spécialistes, mais des perspectives encourageantes
Le Sénégal compte actuellement environ 75 neurologues pour près de 18 millions d’habitants, un effectif jugé insuffisant, même si le pays reste relativement mieux doté que plusieurs États de la sous-région. « Des efforts importants sont en cours dans la formation spécialisée en neurologie, notamment au niveau universitaire. Nous espérons que ce nombre pourra doubler, voire tripler dans les cinq à dix prochaines années », conclut le professeur Fall.
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