Dette du Sénégal : « Le coût de l’inaction est déjà...»
L’économiste et ancien ministre du Plan, El Hadji Ibrahima Sall, estime que le Sénégal se trouve à un tournant financier majeur. Dans un entretien accordé à L’Observateur, il avertit que rester sans rien faire est désormais le principal danger : « le coût de l’inaction est déjà supérieur au coût économique et financier d’une restructuration ». Selon lui, réorganiser la dette n’est pas nécessairement un échec, mais une nécessité de gestion, car « elle permet d'éviter que le poids du service de la dette n'éclipse l'investissement productif, l'éducation ou les infrastructures ».
L’expert évoque ainsi trois trajectoires possibles, allant de la plus souple à la plus radicale. La première correspond à un reprofilage « doux » de la dette. Considérée comme l’option la plus probable et la moins risquée pour l’image du pays, elle consiste à allonger les maturités afin de donner davantage de temps pour rembourser, sans modifier le montant total dû. L’objectif est de réduire la pression de liquidité à court terme sans toucher au volume nominal de la dette, décortique-t-il.
La deuxième hypothèse est celle d’un « reprofilage lourd », autrement dit une restructuration négociée avec les créanciers. Dans ce cas, l’État reconnaît que le fardeau devient difficilement soutenable et cherche à obtenir une baisse des taux d’intérêt ou des périodes de grâce sur le remboursement. Une telle option comporte cependant un risque : celui d’une dégradation de la note souveraine par les agences internationales, ce qui rendrait les futurs emprunts plus coûteux.
La troisième trajectoire est la plus radicale : la restructuration avec décote. Elle implique une réduction directe d’une partie de la dette, ce qui pourrait restaurer plus rapidement la soutenabilité budgétaire. Mais une telle décision provoquerait également un choc de confiance important auprès des investisseurs et pourrait éloigner le pays des marchés financiers pendant plusieurs années.
El Hadji Ibrahima Sall rappelle toutefois que « la confiance est un capital immatériel » et qu'une restructuration peut être interprétée comme un signal de vulnérabilité économique. Il souligne également qu'un programme avec le Fonds monétaire international (FMI) imposerait une discipline budgétaire stricte, nécessitant une « union sacrée de l’exécutif » pour garantir la cohérence de l'action publique.
Selon l'ancien ministre, l’enjeu immédiat se situe dans le « mur d’échéances » attendu entre 2026 et 2031, période durant laquelle d’importants remboursements d’eurobonds devront être honorés. Pour préserver la crédibilité financière du pays, il préconise un accord solide avec le Fonds monétaire international, une trajectoire claire de réduction du déficit ainsi qu’une transparence budgétaire renforcée.
L'interlocuteur du quotidien du Groupe futurs médias de conclure : « un instrument de politique financière n'est ni bon, ni mauvais en soi ; la question est de savoir s'il s'intègre dans une stratégie de développement acceptable. »
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