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Fiscalité : pourquoi l’État peine à élargir le cercle des contribuables ?

Auteur: Aicha FALL

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Fiscalité : pourquoi l’État peine à élargir le cercle des contribuables ?

L’augmentation des recettes fiscales est devenue une priorité pour de nombreux États africains confrontés à des besoins croissants de financement. Entre investissements publics, dépenses sociales et service de la dette, les marges budgétaires restent limitées. Pourtant, relever les taux d’imposition ne suffit pas à accroître durablement les ressources. La véritable difficulté réside dans l’élargissement de l’assiette fiscale, c’est à dire la capacité à faire contribuer un plus grand nombre d’acteurs économiques, dans des économies où une large part de l’activité échappe encore à l’impôt formel.

Au Sénégal, comme dans plusieurs pays de la région, la pression fiscale repose principalement sur un nombre relativement restreint de contribuables. Les grandes entreprises, les salariés du secteur formel et certaines activités structurées assurent l’essentiel des recettes, tandis qu’une part importante de l’économie reste difficile à imposer. Selon les données du ministère des Finances et de la Direction générale des impôts et domaines, les recettes fiscales représentent environ 18 % du produit intérieur brut ces dernières années, un niveau proche de la moyenne de l’UEMOA mais encore inférieur à celui observé dans de nombreuses économies émergentes.

La structure de l’économie explique en grande partie cette situation. Le secteur informel occupe une place importante dans l’emploi et dans la production, ce qui complique le recouvrement de l’impôt classique. Beaucoup d’activités échappent à l’enregistrement, disposent de revenus irréguliers ou opèrent en dehors des circuits administratifs. Dans ces conditions, l’augmentation des recettes passe moins par une hausse des taux que par une meilleure identification des contribuables, une simplification des procédures et une modernisation des outils de collecte.

L’enjeu concerne aussi l’efficacité de l’administration fiscale. La digitalisation des déclarations, le croisement des données et la lutte contre la fraude ont permis des progrès ces dernières années, mais les marges restent importantes. Lorsque le système de recouvrement est incomplet, la charge fiscale se concentre sur les acteurs les plus visibles, ce qui peut créer un sentiment d’injustice et décourager l’investissement. Une fiscalité perçue comme déséquilibrée réduit l’adhésion des contribuables et limite l’efficacité des réformes.

L’élargissement de l’assiette fiscale suppose également de mieux intégrer les activités aujourd’hui peu couvertes, sans fragiliser leur fonctionnement. L’objectif n’est pas seulement de taxer davantage, mais de construire un système plus équitable et plus lisible. Des régimes simplifiés, des forfaits adaptés ou des dispositifs progressifs peuvent permettre d’intégrer progressivement certaines activités sans freiner leur développement. Cette approche est souvent considérée comme plus efficace que des mesures ponctuelles de hausse d’impôts.

La mobilisation des recettes fiscales dépend donc autant de la structure de l’économie que des choix de politique budgétaire. Tant que la base imposable reste étroite, toute augmentation des besoins de financement se traduit par une pression supplémentaire sur les mêmes contribuables. À long terme, la solidité des finances publiques repose moins sur le niveau des taux que sur la capacité à élargir la participation à l’impôt et à renforcer la confiance dans le système fiscal.

Auteur: Aicha FALL
Publié le: Jeudi 19 Mars 2026

Commentaires (2)

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    Ousmane Seck il y a 18 heures
    La fiscalité est une question de justice sociale. Les citoyens n'ont pas encore la certitude que les impôts payés sont utilisés correctement. C''est les gens ne paient que quand ils n'ont pas le choix alors que cela ne devrait pas se passer ainsi. Cheikh Anta Diop disait que c'est la justice social qui est le moteur du développement . Il faut plus de transparence dans la gestion des fonds et surtout moins de politique dans l'administration. Quand des DG et Ministre sont invités à cotiser 10% du salaire qui sont payés par nos impôts à un parti ça pose problème.
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    Mamadou lamine Diop il y a 17 heures
    L’augmentation de la marge fiscale de l’État passe avant tout par un élargissement réel et durable de l’assiette fiscale. Dans un environnement où la formalisation complète du secteur informel demeure illusoire, la priorité doit être la numérisation systématique des transactions financières, seule capable d’assurer une traçabilité fiable et de réduire les zones d’opacité économique. Il est également indispensable d’instaurer l’obligation de délivrer un reçu ou une facture pour toute transaction, afin de garantir la preuve d’achat, la qualité des biens et services, et la transparence des échanges. Cette mesure, simple en apparence, constitue un levier essentiel pour renforcer la confiance, protéger le consommateur et intégrer progressivement les activités informelles dans le champ fiscal. Par ailleurs, une réforme profonde de la structure salariale s’impose. Le modèle actuel, fondé sur un salaire de base minimal complété par des primes disproportionnées, fragilise à la fois les finances publiques et la protection sociale. La taxation doit porter sur le salaire brut réel, incluant l’ensemble des primes et avantages. Certes, cette approche implique une hausse des prélèvements, mais elle permettra simultanément de revaloriser les cotisations retraite, aujourd’hui calculées sur des bases artificiellement réduites. En alignant les contributions sur les revenus effectivement perçus, on renforce la soutenabilité des caisses sociales, on améliore les pensions futures et on restaure l’équité contributive. Ces réformes, cohérentes et complémentaires, constituent les fondations d’un système fiscal plus juste, plus efficace et mieux adapté aux réalités économiques contemporaines.

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