Dans un contexte économique marqué par un déficit budgétaire de 14 % du PIB et une dette publique atteignant 119 % en 2024, le Sénégal s’engage dans un plan de redressement économique et social ambitieux, « Jubbanti Koom ». L’économiste Amath Ndiaye, professeur à la Faculté des sciences économiques et de gestion (FASEG) de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), propose dans une contribution détaillée deux scénarios d’ajustement budgétaire pour la période 2025–2028, visant à ramener le déficit à 3 % du PIB d’ici 2027–2028. Ces scénarios, fondés sur une hypothèse de croissance annuelle moyenne de 6,5 % et une inflation de 2,5 %, nécessitent un effort cumulé de 2 031 milliards de FCFA.
Une équation budgétaire complexe
Le Sénégal traverse une crise économique sévère, marquée par un endettement élevé et une dégradation de sa note de crédit sur les marchés financiers. Comme le note Ndiaye, « dans un contexte marqué par la nécessité de restaurer l’équilibre budgétaire tout en maintenant la cohésion sociale », le gouvernement doit relever le défi de réduire le déficit tout en évitant des tensions sociales. La sensibilité du prix de l’énergie, dont les subventions pèsent lourdement sur le budget (1,4 % du PIB en 2024 selon des estimations récentes), est au cœur des choix stratégiques. Ndiaye avertit que « lever les subventions sur les produits énergétiques pourrait avoir des effets inflationnistes, alourdir les coûts de production et nuire à la productivité ainsi qu’à la compétitivité de l’économie ».
Scénario 1 : Une réforme audacieuse mais risquée
Le premier scénario, qualifié de « volontariste », mise sur une réduction progressive des subventions à l’énergie pour libérer une marge budgétaire significative. Ndiaye détaille les mesures clés : « réduction progressive des subventions à l’énergie : 600 à 800 milliards FCFA économisés sur la période ; rationalisation des dépenses de fonctionnement et de train de vie de l’État : 400 à 600 milliards FCFA ; introduction de nouvelles taxes ciblées (digital, environnement, luxe) : 200 à 300 milliards FCFA ; renforcement de la mobilisation fiscale et lutte contre les exonérations abusives : 300 à 400 milliards FCFA ; valorisation des actifs publics (recyclage d’actifs) : 500 milliards FCFA ».
Ce scénario présente plusieurs avantages : une « réduction plus rapide du déficit budgétaire », une « réaffectation des dépenses vers l’investissement productif » et un « renforcement de la crédibilité financière et de la soutenabilité de la dette ». Cependant, il comporte des risques majeurs, notamment une « hausse des prix de l’énergie, effets inflationnistes et pertes de compétitivité économique à court terme », ainsi qu’une possible « résistance sociale en cas de mesures mal ciblées ». Ndiaye insiste sur la nécessité de « renforcer les filets sociaux et les mécanismes de compensation » pour protéger les groupes vulnérables, par exemple via des transferts sociaux ciblés, comme les bourses familiales ou des aides directes aux ménages.
Scénario 2 : Une approche prudente mais limitée
Le second scénario privilégie la préservation des subventions énergétiques pour éviter des tensions sociales et maintenir la compétitivité économique. Ndiaye explique que « ce scénario préserve les subventions énergétiques pour éviter les tensions sociales et maintenir la stabilité des prix à la consommation et des coûts de production ». Les mesures clés incluent : « réduction des dépenses de fonctionnement et rationalisation du train de vie de l’État : 700 à 900 milliards FCFA ; instauration de nouveaux impôts et taxes (secteurs émergents, fiscalité verte) : 300 à 400 milliards FCFA ; amélioration de la performance de l’administration fiscale : 400 à 500 milliards FCFA ; recyclage et valorisation d’actifs publics : 500 milliards FCFA ; réduction ciblée de certaines niches fiscales estimées à 200 milliards FCFA ».
Ce scénario offre des avantages sociaux, comme la « préservation du pouvoir d’achat des ménages » et un « moindre risque de tension sociale immédiate ». Cependant, il présente des limites : un « rythme plus lent de réduction du déficit », une « pression accrue sur les autres postes budgétaires » et une « moindre capacité à dégager des ressources pour l’investissement ». Ce choix pourrait retarder la consolidation budgétaire et limiter les marges de manœuvre pour financer des projets structurants, comme la modernisation des infrastructures ou le soutien à l’agriculture.
Des leviers pour réussir : Gouvernance, efficacité et investissement
Ndiaye conclut que « les deux scénarios présentés montrent qu’un ajustement budgétaire de 2 031 milliards FCFA est possible sur quatre ans, à condition de faire des choix courageux et cohérents ». Toutefois, la réussite du plan repose sur trois leviers essentiels : « une gouvernance renforcée, fondée sur la transparence et la redevabilité ; une allocation plus efficace et stratégique des ressources publiques ; une politique volontariste de soutien à l’offre, articulée autour de la stimulation de l’investissement privé, du développement des partenariats public-privé, et de la mise en œuvre de réformes structurelles visant à moderniser l’appareil productif ».
Il insiste également sur l’importance de mécanismes innovants, comme « la mise en place de garanties publiques facilitant l’accès au crédit pour le secteur privé » et la promotion de « mécanismes de financement innovants adaptés aux besoins de l’économie nationale ». Ces mesures visent à stimuler la croissance économique, essentielle pour atteindre le taux de 6,5 % visé, notamment grâce à l’exploitation des ressources pétrolières et gazières, qui devrait générer 400 milliards de FCFA annuels à partir de 2026.
Une communication cruciale pour l’adhésion sociale
Ndiaye souligne qu’« une communication claire et une adhésion sociale large sont également indispensables pour assurer le succès de la trajectoire d’ajustement et de transformation économique ». La suppression ou la fusion des agences parapubliques, promise par Sonko en février 2025, reste un point sensible, avec des résistances internes au sein de l’administration et du parti PASTEF.
Méfiez vous des universitaires qui sont des clients des médias
Ils sont loin, très loin d’être les meilleurs de leur domaine
Répondre à
Vladimir DePagueil y a 3 semaines
Avoir des diplomes en economie ne fait pas l'economiste! Ce monsieur en est la preuve.
Répondre à Vladimir DePague
Vladimir DePagueil y a 3 semaines
Avoir des diplomes en economie ne fait pas l'economiste! Ce monsieur en est la preuve.
Répondre à Vladimir DePague
Quantbusinessil y a 3 semaines
Spot on Professeur vous avez au moins le merite de quantifier les solutions que vous proposez. Cela dit, la revaslorisation des actifs de l'Etat suffit pour mener a bien cette mission de redressemnt des finances publiques. Mieux , il existe d'autres pistes pour reduire le train de vie de l'Etat en guise de complement a vos suggestions. Une reduction volontaire des depenses de fonctionnement de chaque ministere d'au moins 5% (depenses non essentielles, frais de mission, fournitures de bureau...etc) ainsi que les societes publiques ou para publiques. Chaque ministre peut identifier certaines depenses non essentielles a eliminer. Cette reduction devrait toucher les fonds politiques ( metrre un cap sur le montant ou une reduction d'au moins 25%).
Concernant les actifs de l'Etat un inventaire est necessaire pour avoir une idee exacte. Ensuite l'Etat doit avoir une strategie de desengament progressif. Rien ne justifie la presence de l'Etat dans le capital de la Sonatel a hauter de 27%. Une reduction de cette participation au profit du prive national permettra de mobiliser des sommes importantes pour augmenter les recettes de l'Etat. A propos de la Senelec il est temps de trouver un partemaire pour epauler l'Etat qui n'a ni les moyens et le savoire faire pour optimiser ce crenau de l'energie. Cela va regler de maniere definitive le probleme de la subvention de l'energie. Un partenaire comme Dangote par exemple pourrait entrer dans le capital de la Senelec.
Idem pous des cies comme AIr Senegal, Sonacos...etc. Il est temps de changer l'approche de l'Etat dans la gestion de ces cies qui constituent un reel fardeau des finances publiques et du contribuable senegalais.
C'est la meilleure approche ou strategie pour un changement systemique dans la gestion des finances publiques.
Répondre à Quantbusiness
Moi gouniafieril y a 3 semaines
On n'adhère à rien s'ils continuent de garder leur privilèges tout en sevrant nous les pauvres et pitoyables sénégalais.
Commentaires (5)
Méfiez vous des universitaires qui sont des clients des médias
Ils sont loin, très loin d’être les meilleurs de leur domaine
Avoir des diplomes en economie ne fait pas l'economiste! Ce monsieur en est la preuve.
Avoir des diplomes en economie ne fait pas l'economiste! Ce monsieur en est la preuve.
Spot on Professeur vous avez au moins le merite de quantifier les solutions que vous proposez. Cela dit, la revaslorisation des actifs de l'Etat suffit pour mener a bien cette mission de redressemnt des finances publiques. Mieux , il existe d'autres pistes pour reduire le train de vie de l'Etat en guise de complement a vos suggestions. Une reduction volontaire des depenses de fonctionnement de chaque ministere d'au moins 5% (depenses non essentielles, frais de mission, fournitures de bureau...etc) ainsi que les societes publiques ou para publiques. Chaque ministre peut identifier certaines depenses non essentielles a eliminer. Cette reduction devrait toucher les fonds politiques ( metrre un cap sur le montant ou une reduction d'au moins 25%).
Concernant les actifs de l'Etat un inventaire est necessaire pour avoir une idee exacte. Ensuite l'Etat doit avoir une strategie de desengament progressif. Rien ne justifie la presence de l'Etat dans le capital de la Sonatel a hauter de 27%. Une reduction de cette participation au profit du prive national permettra de mobiliser des sommes importantes pour augmenter les recettes de l'Etat. A propos de la Senelec il est temps de trouver un partemaire pour epauler l'Etat qui n'a ni les moyens et le savoire faire pour optimiser ce crenau de l'energie. Cela va regler de maniere definitive le probleme de la subvention de l'energie. Un partenaire comme Dangote par exemple pourrait entrer dans le capital de la Senelec.
Idem pous des cies comme AIr Senegal, Sonacos...etc. Il est temps de changer l'approche de l'Etat dans la gestion de ces cies qui constituent un reel fardeau des finances publiques et du contribuable senegalais.
C'est la meilleure approche ou strategie pour un changement systemique dans la gestion des finances publiques.
On n'adhère à rien s'ils continuent de garder leur privilèges tout en sevrant nous les pauvres et pitoyables sénégalais.
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