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L’équation énergétique au cœur des équilibres macroéconomiques

Auteur: AÏcha Fall

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L’équation énergétique au cœur des équilibres macroéconomiques

L’autonomie énergétique ne relève pas seulement d’un impératif géopolitique ou industriel. Elle engage directement la trajectoire budgétaire d’un pays comme le Sénégal, dont la facture énergétique extérieure pèse lourdement sur la balance commerciale et sur les finances publiques. Chaque hausse des cours du pétrole ou du gaz se traduit par une pression immédiate sur les comptes extérieurs, les subventions et, in fine, sur le pouvoir d’achat.

Le Sénégal demeure structurellement importateur net de produits pétroliers raffinés. Avant le démarrage des projets gaziers et pétroliers offshore, la facture énergétique représentait plusieurs centaines de milliards de FCFA par an et constituait l’un des principaux postes d’importation. Cette dépendance accroît la vulnérabilité aux cycles internationaux. Lorsque les cours mondiaux flambent, l’État est souvent conduit à soutenir les prix domestiques de l’électricité ou des carburants afin d’éviter un choc social, ce qui alourdit les dépenses publiques.

La montée en puissance des projets gaziers comme Sangomar et Grand Tortue Ahmeyim ouvre une nouvelle perspective. La production nationale peut contribuer à réduire les importations de combustibles, à sécuriser l’approvisionnement électrique et à stabiliser les coûts de production. Toutefois, l’autonomie ne signifie pas indépendance totale. Les infrastructures, la transformation locale et la contractualisation internationale restent déterminantes pour capter une part significative de la valeur ajoutée.

L’enjeu budgétaire apparaît clairement dans le secteur électrique. La production nationale d’électricité repose encore en partie sur des intrants importés. Développer les énergies renouvelables, solaire et éolien notamment, permet de réduire l’exposition aux fluctuations des marchés pétroliers. Le Sénégal a déjà porté la part des renouvelables à environ 30 % de la capacité installée ces dernières années, ce qui contribue à limiter les coûts variables de production. Mais ces investissements exigent des financements importants et des cadres contractuels solides pour éviter des engagements onéreux à long terme.

L’autonomie énergétique suppose également une gestion rigoureuse des recettes issues des hydrocarbures. L’expérience de plusieurs pays producteurs montre que la volatilité des cours peut déstabiliser les finances publiques si les revenus ne sont pas encadrés par des règles budgétaires claires. La constitution de fonds de stabilisation, la priorisation des investissements productifs et la maîtrise des subventions énergétiques conditionnent la transformation durable de cette nouvelle rente en croissance soutenable.

En définitive, réduire la dépendance énergétique représente à la fois un levier stratégique et un chantier budgétaire complexe. La souveraineté énergétique ne se mesure pas seulement à la production nationale, mais à la capacité de transformer cette production en stabilité macroéconomique, en compétitivité industrielle et en équilibre durable des comptes publics.

Auteur: AÏcha Fall
Publié le: Vendredi 27 Février 2026

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