Prisons au Sénégal : L’impératif d’une justice plus humaine selon Boubacar Racine Sy
La question carcérale reste l’un des angles morts du débat public au Sénégal. Pourtant, derrière les murs des prisons se joue une problématique centrale : celle de la dignité humaine et de la sécurité future de la société. Pour Boubacar Racine, invité du "Jury du dimanche" sur iRadio, le constat est sans détour : « La prison ne prive que d’un droit, celui d’aller et de venir ». Mais dans la réalité, l’enfermement s’accompagne souvent de conditions difficiles qui dépassent largement cette seule restriction. Surpopulation, lenteurs judiciaires, manque de personnel : autant de facteurs qui fragilisent l’ensemble du système pénitentiaire.
A l’en croire, le danger est double. « D’une part, il y a une atteinte aux droits fondamentaux des détenus. D’autre part, il existe un risque réel pour la société. Ces personnes vont revenir parmi nous », rappelle-t-il.
Et d’ajouter : « Un détenu qui sort de prison sans accompagnement, marqué par des conditions de vie dégradantes, peut difficilement se réinsérer. La prison, au lieu de corriger, peut alors aggraver les fractures sociales et nourrir la récidive ».
Sanctionner autrement pour mieux protéger
Face à cette réalité, une refonte des politiques pénales s’impose selon l’invité. Boubacar Racine plaide pour une différenciation des peines, en fonction de la gravité des actes. « On ne peut pas traiter de la même manière un criminel et quelqu’un qui a commis un délit mineur », souligne-t-il. Les alternatives à l’incarcération apparaissent ainsi comme une piste crédible, travaux d’intérêt général, mesures éducatives, sanctions proportionnées.
L'objectif, mentionne le juriste, est de responsabiliser sans détruire les perspectives de réinsertion. L’exemple de Philippe Maurice illustre cette vision. Condamné pour meurtre, il a transformé son parcours en prison, poursuivant des études jusqu’à devenir universitaire, après l’abolition de la peine de mort sous François Mitterrand, portée par Robert Badinter.
Une trajectoire exceptionnelle, mais révélatrice d’un principe fondamental : la justice peut être un levier de reconstruction. Pour Boubacar Racine, le Sénégal ne peut ignorer cet enjeu. Fort de son histoire, le pays a une responsabilité particulière en matière de respect des droits humains. « Humaniser les prisons, ce n’est pas faire preuve de laxisme. C’est au contraire renforcer la sécurité collective en donnant aux détenus les moyens de se reconstruire », a-t-il conclu.
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