Revendications syndicales : Sonko sur les pas de Macky Sall
Le Premier ministre Ousmane Sonko a Ă©tĂ© sans concession avec les syndicalistes lors de son passage Ă lâAssemblĂ©e nationale, mardi 24 fĂ©vrier 2026. Ă bien des Ă©gards, il a adoptĂ© lâattitude de Macky Sall envers les syndicats. Face aux dĂ©putĂ©s, le chef du gouvernement sâest montrĂ© ferme face Ă ce quâil considĂšre comme un excĂšs de revendications de la part des travailleurs. « Que les SĂ©nĂ©galais sachent quâil nây a pas encore une richesse Ă se partager. On a parlĂ© tantĂŽt des syndicalistes, chacun formule des revendications », sâest-il offusquĂ©.
Selon le Premier ministre, lâĂtat ne peut pas chercher Ă rĂ©duire le dĂ©ficit budgĂ©taire tout en voyant certains vouloir que leurs revendications soient entiĂšrement satisfaites, coĂ»te que coĂ»te. Il affirme que les syndicats ont obtenu, avec lâactuel rĂ©gime, des acquis quâils poursuivaient depuis douze ans. Mais ils ne sont jamais satisfaits.
« Ă chaque fois que tu signes, on ouvre une nouvelle porte. Jâai mĂȘme entendu parler de revendications Ă©mergentes. Câest quoi, revendications Ă©mergentes ? (âŠ) Il ne faut pas quâon pousse lâĂtat Ă bout. Si on nous pousse Ă bout, nous ferons face. On ne donnera pas ce quâon nâa pas. Le pays ne se limite pas Ă 200 000 fonctionnaires ou 200 000 Ă©tudiants », a-t-il martelĂ©.
Ce discours ferme Ă lâendroit des syndicalistes nâest pas une nouveautĂ© au SĂ©nĂ©gal. Les leaders syndicaux y Ă©taient dĂ©jĂ habituĂ©s sous Macky Sall. A plusieurs occasions, lâancien prĂ©sident adoptait un discours similaire. « Je ne peux accepter quâune minoritĂ© bĂ©nĂ©ficie des largesses de lâĂtat et que la masse continue de mordre la poussiĂšre. Jâai dit Ă mon gouvernement que je nâinterviendrai pas dans les engagements pris devant les syndicalistes », dĂ©clarait-il en aoĂ»t 2016, lors dâune cĂ©rĂ©monie officielle de lancement du recensement gĂ©nĂ©ral des entreprises. Il rappelait, au passage, que seuls 300 000 SĂ©nĂ©galais sur 14 millions perçoivent un salaire, les autres Ă©voluant dans le secteur informel.
"pas la peine de demander des augmentations de salaires" (Macky)
ConfrontĂ© la mĂȘme annĂ©e Ă la rĂ©tention des notes, utilisĂ©e par les syndicalistes comme principal moyen de pression, Macky Sall avait rĂ©agi fermement : « Nous sommes obligĂ©s de prendre les mesures qu'impose la situation. On ne peut pas sacrifier lâavenir des enfants alors que lâĂtat a tout donnĂ©. On ne peut pas continuer comme ça. (âŠ) Jâai dĂ©jĂ instruit le gouvernement de prendre les dispositions pour assurer la disponibilitĂ© des notes pour lâensemble des Ă©lĂšves du SĂ©nĂ©gal. »
En 2018, il est revenu Ă la charge en Ă©voquant une masse salariale explosive. En mai 2019, il sâest montrĂ© encore plus catĂ©gorique : « ⊠pas la peine de demander des augmentations de salaires. Ce nâest pas possible. Nous nâavons pas les moyens dâaugmenter les salaires aujourdâhui. Et nous ne le ferons pas. Il faut que cela soit clair. Câest absolument impossible », fulminait Macky Sall.
Malgré ces discours musclés, Macky Sall a fini par céder à certaines revendications syndicales, notamment celles des enseignants qui réclamaient justice et équité dans le traitement des fonctionnaires. En 2022, il a procédé à des augmentations substantielles des salaires des enseignants, avec des surplus nets allant de 150 000 à 350 000 F CFA selon les grades et catégories.
Sonko cĂ©dera-t-il Ă son tour ? Les syndicalistes sont mobilisĂ©s et dĂ©terminĂ©s Ă le faire plier. Lâavenir en jugera.
Restitution des ponctions
Par ailleurs, les enseignants dénoncent depuis hier des retenues sur salaire pouvant atteindre 200 000 F CFA, voire plus, selon la presse récente. Là encore, rien de nouveau sous le soleil sénégalais. Sous Macky Sall, les grévistes ont subi plusieurs fois des retenues sur salaire pour fait de grÚve : en 2015, 2018, 2019 et 2022.
La premiĂšre fois, Macky Sall sâĂ©tait montrĂ© conciliant. InterpellĂ© en 2015 sur le sujet par Mademba Sock, qui sollicitait lâindulgence, le prĂ©sident Sall avait rĂ©pondu : « Avant de faire preuve de clĂ©mence, il faut dâabord que les cours reprennent, cela doit au moins ĂȘtre clair. Quand le mot dâordre sera levĂ©, nous pourrons examiner en toute sĂ©rĂ©nitĂ© la demande. »
En rĂ©alitĂ©, les retenues ont presque toujours Ă©tĂ© restituĂ©es aprĂšs des nĂ©gociations. Mais en 2023, Ă la suite des efforts consĂ©quents consentis en faveur des enseignants, Macky Sall sâest radicalisĂ© : « DĂ©sormais, la loi sera appliquĂ©e dans toute sa rigueur : un jour de grĂšve Ă©quivaut Ă un jour sans salaire. »
Ousmane Sonko devra Ă©galement faire face Ă cette question brĂ»lante. Reste Ă savoir si « le gardien de la rĂ©volution » adoptera la mĂȘme ligne que Macky Sall.
Commentaires (46)
Participer Ă la Discussion
RÚgles de la communauté
đĄ Astuce : Utilisez des emojis depuis votre tĂ©lĂ©phone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animĂ©. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.
Se connecter
Commentez avec votre profil, votre photo, et soyez averti des réponses.