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Sonko face à la presse : l’art de se poser en victime quand on tient les rênes (Par Papiss Traoré

Auteur: Papis Traoré

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Sonko face à la presse : l’art de se poser en victime quand on tient les rênes (Par Papiss Traoré

La conférence de presse du 2 juin 2026, première prise de parole depuis son limogeage de la Primature, révèle les contradictions d’un stratège qui use du registre de la douleur pour masquer une manœuvre politique parfaitement calculée.

Il y a deux ans, ils partageaient une cellule et un slogan : « Diomaye moy Sonko ». Ce mardi 2 juin 2026, Ousmane Sonko se tenait seul face aux caméras, devant l’École de police de Dakar, pour raconter comment le président l’avait écarté du gouvernement. La boucle est bouclée, la rupture officielle. Mais derrière la mise en scène soigneusement orchestrée, c’est tout un système rhétorique qu’il convient d’examiner avec la lucidité que requiert l’heure.

I. La victime qui avait chargé l’arme elle-même

La première contradiction de cette conférence de presse est contenue dans les mots même de Sonko. Celui qui se présente comme un homme écarté sans préavis a lui-même révélé, lors de cette même allocution, que deux rencontres précédentes avaient déjà porté sur une éventuelle séparation, et qu’il avait même proposé à plusieurs reprises à Bassirou Diomaye Faye de rejoindre la présidence de l’Assemblée nationale — proposition que ce dernier aurait déclinée.

Ce détail, glissé comme un aveu entre deux charges contre le chef de l’État, démonte entièrement le récit victimaire. Diomaye Faye a peut-être appuyé sur la détente le 22 mai, mais c’est Sonko qui avait chargé le pistolet. La rupture n’a pas été subie : elle a été négociée, anticipée, coconstruite. c’est ce gouffre entre la posture et les faits — gouffre que Sonko lui-même a ouvert en s’exprimant.

On comprend dès lors la stratégie : en se posant en écarté, il recueille la sympathie des militants sans assumer la responsabilité d’un départ largement prémédité. C’est un classique de la communication politique — mais il appartient à la presse de ne pas en être le relais passif.

II. Un acte de campagne déguisé en déclaration institutionnelle

La forme de cette sortie appelle autant de questions que le fond. Pourquoi tenir cette conférence en face de l’École de police — lieu symboliquement chargé, associé à des antagonismes entre « deux mondes »— plutôt qu’à l’Assemblée nationale dont il préside désormais le perchoir ? Le choix n’est pas anodin. Il s’agit d’une mise en scène soigneusement calibrée pour parler à la rue, au militant, au souvenir de la résistance.

Ce que Sonko a livré ce mardi n’était pas la prise de parole d’un président d’Assemblée nationale soucieux de sa nouvelle fonction arbitrale et institutionnelle. C’était, sans ambiguïté, l’acte de naissance d’une campagne présidentielle pour 2029 — avec deux ans et demi d’avance. Les diatribes contre Diomaye, les appels au peuple, la posture du « seul contre tous » : tout cela relève du registre électoral, non du registre constitutionnel attendu d’un président de l’Assemblée nationale.

Cette confusion des genres n’est pas une maladresse : c’en est le cœur. Sonko n’a jamais distingué son rôle partisan de sa fonction institutionnelle. Mais désormais qu’il occupe la deuxième position de l’État, cette indistinction n’est plus une liberté de militant — elle devient un problème constitutionnel. Sous Macky SALL, nos institutions étaient parmi les plus solides du « monde libre ».

III. L’intimidation du nouveau Premier ministre : qui gouverne vraiment ?

L’épisode le plus révélateur de cette conférence est peut-être celui passé le plus inaperçu. En répondant aux déclarations du nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, Sonko a lancé, sans détour : « Je lui conseille de se limiter aux chiffres. Il se dit technocrate, il n’a qu’à se limiter à la technocratie. »

Ces mots méritent d’être pesés. Un Premier ministre est nommé par le président de la République et investi par l’Assemblée nationale. Il est constitutionnellement responsable devant le Parlement — non devant le président de ce Parlement. En adressant de tels avertissements au chef du gouvernement, Sonko sort de son rôle institutionnel pour s’arroger une forme de tutelle informelle sur l’exécutif. C’est, au mieux, une confusion des pouvoirs ; au pire, une tentative d’intimidation qui en dit long sur la conception que Sonko a de sa nouvelle fonction.

La presse sénégalaise et internationale se doit d’interroger ce glissement. Un président d’Assemblée qui donne publiquement des consignes de périmètre au gouvernement ne préside pas une chambre délibérante — il exerce une forme de pouvoir parallèle que rien dans le texte constitutionnel ne lui confère.

IV. La « stabilité » comme levier de pression permanente

Sonko a tenu à rassurer : Pastef ne déposera pas de motion de censure, même si le parti détient la majorité pour le faire. Il a justifié ce choix par « la nécessité de préserver la stabilité institutionnelle et économique du Sénégal ». L’intention affichée est louable. Mais l’analyste sérieux y lira autre chose.

Ne pas utiliser une arme tout en rappelant ostensiblement qu’on la possède, c’est en faire un instrument de pression permanente. Chaque loi, chaque budget, chaque réforme devra désormais passer par un hémicycle que préside Sonko, et le nouveau gouvernement sait que la menace de la motion est toujours suspendue au-dessus de lui, même si elle n’est pas brandie. La « stabilité » de Sonko n’est donc pas un geste de sagesse : c’est une technique de gouvernance par intimidation diffuse.

Le paradoxe est d’ailleurs saisissant : celui qui appelle au « dialogue constructif » pour ne pas « replonger le pays dans la crise » est le même qui, dans la même conférence, a fustigé les « provocations » subies par ses partisans et livré une charge en règle contre le chef de l’État. Ces deux registres ne cohabitent pas : ils se contredisent.

V. Le bilan de la Primature, grand absent

Il est une question que Sonko n’a pas posée et qu’il n’aurait certainement pas souhaitée : quel est le bilan de ses deux années à la tête du gouvernement ? La conférence du 2 juin fut une longue charge contre Diomaye Faye, un récit de la trahison, un appel au peuple. Pas un instant de redevabilité.

Pourtant, les critiques ne manquent pas. Des voix nombreuses, y compris dans la société civile et parmi d’anciens soutiens, évoquent des tâtonnements économiques, l’absence de grandes réformes structurelles visibles, une réponse jugée insuffisante sur le pouvoir d’achat et l’emploi des jeunes — deux promesses cardinales de la « rupture ». Il lui est également reproché d’avoir parfois adopté des pratiques qu’il vilipendait avant d’accéder au pouvoir.

Un homme qui quitte le gouvernement sans rendre compte de son passage à la Primature ne témoigne pas d’un sens aigu de la responsabilité démocratique. La conférence de presse du 2 juin aurait pu être l’occasion d’un bilan honnête, fût-il partiel. Elle ne l’a pas été. C’est un choix — et ce choix dit quelque chose.

Conclusion — Le temps des comptes

Ousmane Sonko reste, à n’en pas douter, l’acteur politique le plus puissant du Sénégal en ce début d’été 2026. Son parti tient l’Assemblée nationale, il en préside le perchoir, et Bassirou Diomaye Faye gouverne désormais contre sa propre majorité parlementaire — ce qui constitue une faute politique majeure dont il devra répondre. Sur ce point, Sonko n’a pas tort.

Mais avoir raison politiquement ne dispense pas d’une exigence de cohérence. On ne peut pas se présenter en victime d’une rupture que l’on a soi-même préparée. On ne peut pas appeler à la stabilité tout en intimidant le gouvernement. On ne peut pas réclamer l’héritage de la « rupture » sans rendre compte des deux années où l’on en avait les clés.

La presse sénégalaise a un rôle irremplaçable dans ce moment : celui de ne pas se laisser emporter par la dramaturgie d’un récit victimaire, aussi habilement construit soit-il. Sonko manœuvre — et il le fait avec talent. C’est précisément parce qu’il est talentueux que l’œil critique doit rester ouvert.

Papis TRAORE

Citoyen

Auteur: Papis Traoré
Publié le: Samedi 06 Juin 2026

Commentaires (18)

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    Xalass il y a 11 heures
    Seneweb qui promeut encore des gens qui n'ont aucune légitimité et qui se cache derrière une analyse "impartiale" souvent signé en "citoyen engagé", "défenseur de la partie" alors qu'il sont d'une partialité flagrante. Un intellectuel c'est d'abord quelqu'un qui assume ces idées tout le reste n'est que tapalé.
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    Kheuch il y a 11 heures
    Et toi qui en 3 minutes, lis ce texte quand mème assez argumenté pour pondre un commentaire partisan.
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    Bwn il y a 11 heures
    C'est qui encore celui là, sonko dale mo beury none
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    Citoyen il y a 1 heure
    Vous confondez rejet et haine,À force de juger tous les autres négativement,vous avez fini par vous isoler.
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    Ousmane Ba il y a 2 heures
    Total distortion of what actually happened misrepresenting the facts for the english speaking audience. Is lying condoned under the community guidelines?
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    Fukout il y a 2 heures
    This is very very Shamless All s finish and he finish him self lick a toys Fckout and fck in
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    Ousmane il y a 2 heures
    1) La victime qui avait chargé l'arme elle-même: Si Sonko lui-même a chargé l'arme, la bonne question à se poser c'est pourquoi il l'a fait? On ne charge jamais gratuitement comme ça son arme contre un ami ou un compagnon de longue date si rien d'anodin ne s'est passé entre vous. La bonne question est donc de se demander quel péché a commis notre Diomaye pour que cela lui ait valu cela de la part de cela qui l'a fait élire Président de la République sous les yeux de la terre entière ? Pourquoi tu ne pousses pas la réflexion jusqu'au bout? Es-tu amnésique ? 2) Un acte de campagne déguisé.... Si Diomaye n'avait pas commencé à poser et démultiplier les actes de campagne déguisée, allant jusqu'à ressusciter une coalition fantoche portant son nom, s'inventant de nouvelles ambitions pour 2029, trahissant à la face du monde, et de la plus vile manière, la promesse de faire un seul mandat pour céder la chaise à Sonko, ce dernier aurait-il ressenti le besoin de faire de la campagne pour 2029 pour contrer ses diatribes? 3) L'intimidation du nouveau PM N'était-il pas mieux de laisser le PM répondre lui-même à Sonko, puisque c'est lui qui a été directement interpellé sur la place publique, plutôt que d'essayer de répondre à sa place ou de s'indigner à sa place? En tous cas, depuis lors, personne ne l'a entendu rétorquer pour se défendre. Veux-tu être l'avocat du diable ? 4) La stabilité comme levier de pression permanente Tu dis ceci: "Ne pas utiliser une arme tout en rappelant ostensiblement qu’on la possède, c’est en faire un instrument de pression permanente." Qui dirait mieux? Ceci est par conséquent un rappel éloquent pour Diomaye qu'il gagnerait à bien assimiler. Aucun rapport de force ne lui est favorable, lui qui ne bénéficie d'aucune légitimité politique et n'a aucun aura politique.
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    Citoyen il y a 1 heure
    Dites les choses telles qu’elles sont,Sonko a semé les graines de la haine très tôt (magistrats,presse,opposition,société civile,pays historiquement ami,…) et il a récolté le rejet. Je pense que DIOMAYE s’en ai rendu compte très tôt mais voulez pas qu’on pense qu’il la trahi. Any voir clair c’est pas de la haine qu’on a contre lui ,mais un rejet
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    Ousmane il y a 1 heure
    5) Le bilan de la Primature Ce n'était pas l'objet de cette conférence de presse. Cessons de vouloir mêler des genres et des styles différents. Chaque chose en son temps et à sa place.
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    Citoyen il y a 1 heure
    On peut tromper les gens par moment,mais on peut pas les tromper tout le temps.On respecte votre choix de le suivre aveuglément,mais respectez notre choix de réfléchir.A force de juger tous les autres négativement vous allez finir par vous isoler
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    s d il y a 13 minutes
    qui croit a ousmane sonko qui passe son temps a se contredire tous les jours sans se rendre compte.
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    D S il y a 5 minutes
    au senegal la plupart des gens sont égares , on vous disait que diomaye moy sonko et vous acceptez Bêtement, pourquoi

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