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Souleymane Bachir Diagne : « la liberté de se taire », ou comment la sagesse devient thuriféraire de l’ordre dominant (par Felix Atchadé)

Auteur: Senewebnews

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Souleymane Bachir Diagne : « la liberté de se taire », ou comment la sagesse devient thuriféraire de l’ordre dominant (par Felix Atchadé)

Je voudrais commencer par m’adresser aux nombreux amis, collègues et anciens élèves de Souleymane Bachir Diagne qui, la dernière fois que

, m’ont demandé des comptes, comme si la critique intellectuelle relevait d’un sacrilège.

On m’a reproché l’irrévérence. On m’a opposé le respect dû au parcours. On a invoqué l’autorité académique, la stature internationale, la contribution intellectuelle passée.

Il faut donc lever un malentendu.

Dans le champ intellectuel, sauf à le transformer en sanctuaire hors du monde, il ne saurait exister d’icône intouchable.

Interroger un intellectuel ce n’est pas le déchoir. C’est, au contraire, le prendre au sérieux.

Une interview lisse dans un monde rugueux

L’interview accordée par Souleymane Bachir Diagne au quotidien Le Soleil, dans le cadre de la « Grande interview » publiée le vendredi 30 janvier 2026, aux pages 15 à 17, se présente comme une méditation sur la retenue, le scepticisme et la distance critique. La formule centrale — « La liberté de l’intellectuel inclut aussi la liberté de se taire » — y est érigée en principe, presque en maxime morale. Elle est élégante, apaisante, et donne le sentiment d’une sagesse située au-dessus de la mêlée, comme si la conflictualité du monde pouvait être tenue à distance par la seule force d’un choix éthique individuel.

Mais la philosophie ne se juge pas seulement à la beauté des formules. Elle se juge à l’épreuve du réel.

Or le réel contemporain n’est pas un simple excès de bruit médiatique. C’est une violence politique structurée, ici et ailleurs : répression des oppositions, verrouillage institutionnel, criminalisation de la parole dissidente, inégalités sociales abyssales, guerres coloniales réactualisées, exterminations en direct.

Dans ce contexte, invoquer la liberté de se taire n’est jamais un geste innocent. Le silence n’est pas neutre. Il est situé, sélectif, fonctionnel.

Le Sénégal : quand la retenue devient caution

C’est ici que le discours se fissure.

Car avant de convoquer l’Afrique, l’universel ou la philosophie mondiale, il faut commencer par son propre pays. Or la posture de Souleymane Bachir Diagne dans l’espace public sénégalais pose un problème.

Depuis plusieurs années, la RTS, média public, lui offre une tribune récurrente, comme si sa parole incarnait une forme de sagesse nationale. Cette exposition médiatique contraste pourtant avec son silence lors des moments les plus critiques de la vie politique sénégalaise, notamment entre 2021 et 2024, marqués par la répression des manifestations, l’arrestation d’opposants, la judiciarisation du débat public et une mise sous tension durable des libertés.

Ce décalage n’est pas anodin. Il pose une question simple : à quoi sert une parole intellectuelle qui se déploie dans le confort médiatique, mais s’absente lorsque les libertés sont maltraitées ?

Être philosophe ne confère pas automatiquement une légitimité politique. Encore moins lorsqu’on accepte d’occuper l’espace public sans jamais en troubler l’ordre. La prudence devient alors une forme de conformisme.

Côte d’Ivoire : le silence sélectif

Le même mécanisme est à l’œuvre dans le traitement de la Côte d’Ivoire, où il est difficile d’invoquer la réserve ou l’ignorance. En janvier 2011, au plus fort de la crise postélectorale, Souleymane Bachir Diagne s’était engagé publiquement en cosignant une tribune internationale dénonçant la « violence du régime de Laurent Gbagbo », décrivant un pouvoir accroché à la force, réprimant les civils et confisquant l’État au profit d’un clan. La parole était alors ferme, située, sans prudence excessive, inscrite dans un récit clair de disqualification au nom du droit, de la protection des civils et de l’ordre international.

Depuis, la Côte d’Ivoire a pourtant basculé dans une dérive dictatoriale sous Alassane Ouattara. Sur cette séquence, le silence s’est installé, non comme un retrait ponctuel, mais comme une absence durable de parole critique, là même où l’on avait connu un engagement assumé. La question n’est donc pas seulement celle du silence, mais celle de sa géométrie variable. Savait-il moins hier qu’aujourd’hui, ou bien la liberté de parole dépend-elle du degré de compatibilité d’un régime avec l’ordre international dominant ? Lorsqu’un intellectuel critique sans détour les figures disqualifiées par cet ordre, mais se tait face à celles qui en sont devenues les relais, il ne pratique pas le scepticisme : il intériorise un rapport de force et ajuste sa parole à la hiérarchie implicite des légitimités politiques.

Gaza : quand l’argument devient indéfendable

Il est pourtant un silence que rien ne peut justifier : Gaza. Face à une destruction massive documentée et à l’effondrement assumé du droit international, le mutisme cesse d’être respectable pour devenir politiquement indéfendable. Invoquer ici la liberté de se taire ne relève plus de la philosophie ; cela fonctionne comme un écran moral. Se taire n’est pas suspendre son jugement, c’est laisser l’ordre du monde s’exercer sans résistance symbolique.

L’histoire est constante : cette prudence érigée en sagesse et cette distance présentée comme vertu n’ont jamais été rangées du côté de la lucidité, mais toujours parmi les formes polies de l’accommodement.

C’est là que se révèle le problème. Sans se proclamer serviteur de l’ordre ni justifier explicitement les dominations, la posture de Souleymane Bachir Diagne fonctionne objectivement comme celle d’un intellectuel organique, non par ce qu’il dit, mais par ce que son discours produit. À la violence du monde, il oppose la nuance ; aux conflits asymétriques, la distance ; aux cris des peuples, le silence.

La question demeure : à qui profite cette retenue ? Jamais aux opprimés. Toujours à ceux qui disposent déjà de la parole légitime, de la force et des institutions pour la protéger.

La liberté de se taire, lorsqu’elle devient un principe cardinal, cesse d’être une liberté. Elle devient une technique de neutralisation du politique.

Dans un monde injuste, le silence n’est jamais un simple retrait. Il est occupé. Occupé par les bombes, par les prisons, par les tribunaux, par les médias dominants.

La tâche de l’intellectuel n’est pas d’ajouter de la sagesse au confort des puissants, mais de troubler l’ordre lorsqu’il se présente comme raisonnable.

Auteur: Senewebnews
Publié le: Lundi 02 Février 2026

Commentaires (12)

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    Un passant il y a 6 heures
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    serere bi il y a 5 heures
    Senegal est un pays tellement hospitalié voire trop hospitalié. Ce beninois, nous lui avons offert un toit, une nationalité, un travail et un salaire au point qu'il se sent tellement poussé des ailes qu'il s'attaque à l'une des icones senegalaises. J'ai juste un mot à vous dire monsieur le gnak allez vous faire foutre et fermez votre gueule. Toi, les guy maruis sagna le togolais, c'est la jeunesse senegalaise actuelle qui est perdu au point de vous faire une place. Mais on va venir netoyer ce pays de toute cette merde et vous allez retourner là où vous venez.
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    burn out il y a 5 heures
    @serere bi  Tu es Hitler toi. Ce grand Monsieur que tu nommes "gnak" est plus utile au pays que toi et ta prétendue "fierté nationale" qui n'est qu'un parasite et un serviteur de la France et de Macron. Lui au moins est un digne africain du Sénégal.
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    Ibrahima il y a 6 heures
    C'est vrai qu'on entend rarement notre cher Pr, une fierté nationale et africaine, faire des analyses sur des sujets d'actualité brûlant comme le kidnapping de Maduro, la Situation à Gaza, même la guerre en Ukraine ou bien même durant la répression de Macky Sall.... Intellectuel Balcon.
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    Vasco il y a 6 heures
    Il est avec les puissants c'est tout. Il n'y a pas une autre explication.
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    Citoyen il y a 6 heures
    Absolument du même avis. Un pur intellectuel balcon...
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    Sayfu il y a 6 heures
    Monsieur Atchadé
    Vous avez réussi à coucher par écrit ce que nombre de sénégalais ressentent à l'égard des intellectuels de salon.
    Prompt à formuler des maximes lorsqu'il n'y a aucun enjeu et les derniers à parler quand leurs prébendes risquent une remise en cause.
    Merci
    Mille mercis
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    Bamba il y a 6 heures
    Qu'attendre du Président du CA de la Fondation pour l'Innovation de la Démocratie, une fondation élyséenne qui travaille pour la pérénité de l'impérialisme français et contre l'émancipation et la souveraineté africaines?
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    Jalousie il y a 6 heures
    Jalousie????????????????????
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    Question il y a 6 heures
    Je suis demandé le sens de cette diatribe... Combien le Sénégal compte-t-il d'intellectuels ? Pourquoi le même s'en prend-il toujours au même ?
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    Fobéré il y a 5 heures
    On ne jalouse pas un vendu à l'impérialisme. Il fait plutôt pitié
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    Serere bi il y a 5 heures
    Senegal est un pays tellement hospitalié voire trop hospitalié. Ce beninois, nous lui avons offert un toit, une nationalité, un travail et un salaire au point qu'il se sent tellement poussé des ailes qu'il s'attaque à l'une des icones senegalaises. J'ai juste un mot à vous dire monsieur le gnak allez vous faire foutre et fermez votre gueule. Toi, les guy maruis sagna le togolais, c'est la jeunesse senegalaise actuelle qui est perdu au point de vous faire une place. Mais on va venir netoyer ce pays de toute cette merde et vous allez retourner là où vous venez.
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    burn out il y a 5 heures
    Je vois que c'est un xénophobe hitlérien qui défend grossièrement le vendu à la France. La xénophobie est européenne; elle n'est pas africaine.
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    A passer by il y a 5 heures
    Au delà de cette fixation quasi pathologique sur SBD, cette indignation sélective que vous dénoncez pollue fortement votre hiatus. Combien d'intellectuels sénégalais, de personnalités politiques, du monde des arts et de la politique se sont abstenus de se prononcer? Pourquoi se focaliser sur une seule personne tout le temps? Vous trahissez un sentiment bien en dessous du vernis intellectuel dont vous vous prevalez. Ceci étant dit, il faut remarquer que beaucoup de ceux qui s'étaient prononcé se sont tus maintenant et rasent les murs...
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    lom il y a 5 heures
    C'est la seule exception que je connaisse moi. Mbougar, Felwine, Boris, Mamadou Diouf, etc. ont été très audibles et sans équivoque. En fait SBD soutenait la répression sanguinaire du tyran Macky. C'est la seule raison de son silence complice.
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    Un passant il y a 4 heures
    @lom  Je suppose que votre liste est très très loin d être exhaustive🫣
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    Ladji Kalabanté il y a 5 heures
    C'est vraiment navrant que des bouches qui ne devraient même pas s'ouvrir dans un cabaret se mettent à opiner dans un débat de ce niveau. ici, il ne s'agit d'histoire de "gnak" ou je ne sais quoi. C'est trop simpliste. Il faut argumenter, à défaut, se taire. Point. Mr Diagne est un intellectuel reconnu et saura certainement apporter sa réplique avec des arguments sensés.
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    GrandPhilosophe? il y a 5 heures
    Même sa réputation de grand philosophe est surfaite. Il faut n’avoir jamais lu de grand philosophe pour ranger Souleymane Bachir Diagne dans la même catégorie. Un grand philosophe forge des concepts nouveaux, qui font que le monde nous apparaît sous un autre jour. De concept original il n'y a pas l'ombre d'une trace dans l'ensemble de son œuvre. SBD est, à n'en pas douter, un premier de la classe, un universitaire discipliné, prudent, bien soumis à l’autorité. Devenu un enseignant du supérieur très compétent, il est d’autant plus célébré qu’il sert la soupe aux puissants. On lui doit des bouquins d’histoire de la philosophie et des commentaires sur ses devanciers qui, s’ils sont agréables à lire, ne sont pas particulièrement novateurs. Il a traficoté dans Merleau-Ponty “universalisme latéral”, s’est donné en vain de la peine pour donner une aura de penseur conséquent à Senghor et continue de présenter à l’anxiété occidentale un Islam modéré et des lumières. Il glose à l’infini sur des abstractions et ne pose jamais la question concrète du pouvoir. Il a une fonction idéologique clairement identifiable: il est l’un des plus talentueux relais de la raison blanche dans nos subjectivités africaines et musulmanes. Il rationalise l’adoption de cette raison blanche, soit en expliquant qu’elle est universelle, soit en “trouvant” dans l’Islam ou l’Africanité des choses analogues à celles des bourgeois blancs. L’un des derniers de l’empire.
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    Balconiste il y a 3 heures
    Et vous SuperPhilosophe, en dehors de cette dense prose Novatrice et de destruction, qu'avez-vous donc produit en face des MinThèses de SBD ?
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    anonyme il y a 5 heures
    Merci a l'auteur...SBD est un valet de la franceafrique...."Point"
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    Urbs il y a 4 heures
    Les aigris et complexés prêts à déverser leur bile sur tout qui brille. La bave du crapaud n'atteindra jamais la blancheur de la colombe.
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    legui il y a 3 heures
    burn out. Tu me traites de xenophobe et tu traites bachir d'etre vendu à la france juste parce qu'il ne vous a pas soutenu dans votre sauvegerie d'avoir voulu mettre la republique à terre. Qu'est ce qui se passait à l'epoque de Macky Sall et ne se passe pas aujourd'hui. Pour oui ou un non les journalistes sont emprisonnés et vous pseudo intellectuels l'avez vous condamner non ? Nafekh et imbecile de premiére classe. Toutes personnes connues et qui a du succés vous derange bande d'imbéciles. Vous le traitez d'etre un vendu parce que vous n'aurez pas la moitié de son succés et de sa connaissance. Comparer les ecoles frequentées par souleymane bachir et son parcours à cette merde laid qui ressemble à un baboune sortie de brousse de dahomey

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