Attention : Ce texte est une critique « critique » de la critique ( dans une perspective althuserienne)Le devoir, pour ainsi dire, la nécessité de nous « revoir » nous-mêmes. Dans nos tares et dans nos ambiguïtés, pour nous remettre en cause, et non pas nous cacher derrière de faux - fuyants, de faux – semblants pour masquer notre errance intellectuelle. Nous devons arrêter de brandir le sabre et le glaive dès que des musulmans comme vous et moi posent un regard critique sur la pratique islamique au Sénégal, et non sur l’islam en tant que tel. Arrêter d’insulter et ou de menacer (ce qui est inutile), toutes personnes pertinentes qui ose dire « halte » à l’exploitation de nos enfants dans les rues (talibés), au viol de nos enfants dans les daaras (talibés aussi), à l’exploitation du musulman sénégalais dans sa foi, dans sa force et dans ses finances (talibés toujours et encore). Et c’est ça notre problème, nous sénégalais. Dès qu’on parle religion et pratiques religieuses, nous fermons les yeux, tout le monde se tait. Et pire certains se taisent parce que l’omerta religieux fructifie leur bizness. Des figures connues exploitent la religion à des fins commerciaux tandis que d’autres se servent de la religion pour leurs biens personnels. Cheikh Ahmadou Bamba est notre patrimoine national, nous sommes tous mourides et fiers de l’être. Mais si nous constatons des dérives, des déviances, des détournements d’objectifs, de propos, de la manipulation chez certaines personnes bien identifiées, nous interviendrons, que ça leurs plaise ou non. Aucun moyen de nous manipuler. D’ailleurs qui sont –ils ? Je respecte et admire beaucoup l’œuvre de Cheikh Ahmadou Bamba et de tous les érudits et dignitaires religieux, mais honnêtement je n’ai vu nulle part ce que l’on peut reprocher à Cheikh Omar Diagne. Je soutien très fortement Cheikh Omar Diagne parce que je ne l’ai pas entendu insulter, ni calomnier, ni dire des propos désobligeants envers le khalife des mourides, ni d’ailleurs aucun autre khalife. Oui bien sûr, il a dit des choses dans le passé, mais ce n’est pas une raison pour que chaque journaliste, chroniqueur, oustaz, qui, pour la plus part, ne savent même pas ce qu’il a dit, le jettent à la vindicte populaire. « Ay topando, ay ma rirando, ay ma wakhando », rek. Le « guerrier » Cheikh Omar Diagne, « jambar de l’islam », « ndanane kouli fadrine », surnom que je lui colle avec son fidèle « sahaba » du nom d’Abdou Karim Gueye, compagnon de lutte et de prison, a posé un débat intellectuel de haut niveau, que nous musulmans, devront prendre la pleine mesure des enjeux. Dans l’affaire cheikh Omar Diagne, il faut se poser quelques questions :
1 : Est- ce que ce n’est pas un règlement de compte interpersonnel par l’instrumentalisation de la communauté mouride ?
Je le pense très fortement. Dans le Sénégal d’aujourd’hui, ton pire ennemi est entre tes aisselles. Je pense qu’il y’a des personnes qui règlent des comptes avec Cheikh Omar Diagne.
Le prétexte a été de penser que l’Etat du Sénégal devrait loger, nourrir et blanchir, au frais de la princesse, une délégation venue célébrer le grand Magal de Touba. Au nom de quoi et pourquoi ? Cheikh Omar Diagne a dit non parce qu’il n’est pas un complexé et ne développe jamais, selon Balandier, George, une « posture de complexé », qui découle d’une « sociologie de la dépendance » et de la « soumission », pour tout ce qui est « Blanc, Etranger, Riche et mystificateur ». Nous avons l’habitude de courber l’échine devant les « naars, devant les blancs colonisateurs et devant les mystificateurs (genre Cheikhou Charifou et ou genre Vaydehi, actrice indienne). C’est ça le Sénégal. Est-ce qu’une délégation sénégalaise, pour quelques motifs que ce soit (pèlerinage, gamou, cérémonie) ose demander une prise en charge de ses membres en Arabie saoudid, au Maroc ou n’importe où dans le monde ? Et même si des pays amis le font, le nouveau régime n’est plus dans la posture « du syndrome de colonisé ». Alors pourquoi, parce qu’ils sont des maures, des blancs, qu’ils viennent de la Mecque, du Maroc, de Dubaï, etc., devrait –on les accueillir à King Fahd Palace. Nous refusons. Ce sont des mortels comme nous tous, ils n’ont aucun respect pour nous, nous n’en avons aucun pour eux. S’ils viennent au Sénégal, pour quelque motif que ce soit, que ce soit à leur frais et non au frais du contribuable sénégalais.
2 : Est-ce que ce n’est pas pour certaines personnes, en perte de reconnaissance et ou de visibilité médiatique, une occasion d’obtenir au crépuscule de leur vie, leur 05 minutes de gloire ? Oui, je le pense aussi. Il y’a beaucoup de frustrations au Sénégal, en particulier depuis la chute du régime de Macky Sall. Il y’a ceux qui avaient arbitrairement des choses et qui ne les ont plus, il y’a ceux qui usaient de leurs position dans l’administration sénégalaise pour s’enrichir illicitement, ils ont été dégommés. Il y’a des petits fils de marabouts qui n’avaient aucune activités outres que celle de « dire « Mbacké la Sant, Sy la Sant, Niass la Sant » ou bien seutou Diw là » et qui vivaient du système instauré par Macky Sall et son régime (passeport diplomatique, véhicule, carburant, logement de fonction, téléphone illimité, etc.). Tout ça c’est fini et ils viennent grossir le rang des frustrés. D’autre part, de tout temps des individus, connus ou non, cherchent par tous les moyens à obtenir leurs cinq minutes de gloire. On les comprend, ils cherchent des exutoires pour déverser leur trop plein de frustrations. Il y à ceux qui sont fâchés contre toute la planète à cause d’une désillusion au crépuscule de leur vie. Ces derniers sont d’une méchanceté extrême et trouve l’exutoire dans le blasphème, la rancœur et la haine. Ceux-là sont morts depuis longtemps de l’intérieur. Dehors il ne reste que la carcasse. Il y’a enfin les menteurs décérébrés, à la recherche de poste de député, de passeport diplomatique, de marché de l’état, et qui sont dans le chantage, dans le mensonge et dans les réseaux sociaux à longueur de journée. Ils bavent à longueur de journée et le soir, ils s’endorment en pleurant. Oui, il y’a beaucoup de frustrations au Sénégal. Et cette frustration entraine la méchanceté, qui, à long terme demeure le lit de la haine et de la rancœur.
3 : Cheikh a-t-il remis en question les tarikhas et les écritures de nos érudits ?
Ma réponse est non, par contre il a préconisé une critique et une réorientation des écrits de nos grands érudits de l’islam, ce qui est parfaitement normal, car même le coran (révélations faites par Dieu au prophète Mahomet, par l'intermédiaire de l'archange Gabriel) , a été agencé, lu, corrigé et « disponibilisé » en dernière mouture par le sahaba et maitre « Seydina » Ousmane, du nom du troisième compagnon du prophète des musulmans. Si je me trompe, corrigez-moi. Je suis un ceedoo. Mais suivant Emmanuel Kant, « dans le processus de recherche et d’acquisition de connaissance, l’erreur fait partie de la vérité ». Mais alors discutons : Depuis l’aube des temps, voilà ce que nos devanciers nous disent : • Voici le coran, voici ce que Dieu a dit. • Dieu a dit, Diw a dit, Serigne Tel a dit. • Le prophète (PSL) defna li, Serigne Diw defna li.
Mais nous, aujourd’hui, en tant que musulman, ayant des filiations à des tarikhas, respectueux de nos érudits, qu’est-ce que nous avons dit ? C’est ça le vrai débat et nous le savons très bien, mais nous préférons occulter le débat, fuir nos responsabilités. Or nous musulmans, devons dépasser, depuis des millénaires, les références coraniques sur le passé pour régler nos problèmes d’aujourd’hui. Nous devons arrêter de toujours dire « yalla Nena » et dire « voici ce que nous disons, voici la pensée religieuse des musulmans du monde entier, pour l’époque actuelle, par rapport aux problématiques actuelles. Parce que le bon dieu ne nous a pas donné une conscience pour rien, sinon rien ne nous différenciera des animaux. Or on nous fait savoir que Dieu, le tout puissant, a dit que « les écritures saintes dans le coran ne changent jamais, mais peuvent s’adapter à tous les contextes et à toutes les époques ». Ce qui signifie donc qu’une adaptation des écrits en fonction du contexte est possible, parce que simplement, en nous créant, Dieu savait bien que nous utiliserons notre conscience et notre intelligence pour façonner le monde à notre image. Donc nous ne pouvons pas, nous, musulmans du Sénégal, etre plus royalistes que le roi. Donc même si Cheikh Omar Diagne avait tenu des propos pour faire la critique des tarikhas et de la façon dont nous devons avoir une autre posture, il l’a dit dans un ton respectueux, mais surtout pertinent et rationnel. Et c’est cela qui vous gêne, vous, minorités de sénégalais, qui refusez la critique de vos actes, la reformulation de l’islam non pas dans ses fondamentaux, mais dans notre comportement de tous les jours. Or nous savons tous ce qui se passe dans nos daaras, dans nos tarikhas, et surtout dans le comportement, non pas de nos khalife généraux, mais de leurs subordonnées et de certains Serigne ou fils de. Je le dis ici très clairement, nous respectons nos khalifes généraux et leurs devanciers pour tout le travail accompli. Cheikh Ahmadou Bamba, Serigne Babacar sy et tous les autres ont affronté leur époque, le Cheikh a été exilé de force et a vaillamment combattu le colon français, avec les armes et la stratégie de son époque. Mais vous, qu’est-ce que vous avez fait ou qu’est-ce que vous faites pour faire face aux défis du moment ? Rien. Sinon puiser dans les registres du passé, revenir 1000 ans en arrière pour dire « yalla Nena, Serigne Touba Nena, Serigne Babacar sy Nena ». Rek. Encore une fois, vous qu’est-ce que vous dites ?
Le rôle de la religion, ce n’est pas d’aller au paradis, car chacun prie pour soi- même. Vous pouvez prier tout le temps et ne pas aller au paradis si vous êtes un musulman « pratiquant » et non un musulman « croyant ». Dans ce cas la gymnastique ne vous mènera nulle part. Ou du moins « yalla reka xamm ». Le rôle de la religion est de former un type de « personne ou de personnalité » conforme aux exigences de la morale et de la religion, et que cette morale et l’applicabilité de cette religion puissent servir une communauté, une nation et par conséquent l’humanité tout entière. C’est de rendre meilleurs les humains à partir de leurs comportement de tous les jours, basé sur un code de conduite qui sert de référence pour tout musulman.Ce que pose le grand frère cheikh Omar Diagne, c’est la revue de notre pratique religieuse en ce 21éme siècle en posant le débat. On se posera les questions suivantes :
1 : Existe-t-il une pratique islamique noire, qui diffère de celle héritée de l’Arabie du prophète (PSL) ?
Poser cette question revient à jeter un regard critique sur la pratique et non sur les fondamentaux du livre saint. Quand je parle d’islam noir, c’est en référence à l’Afrique au sud du Sahara, de tradition négro-africaine et qui, en toute chose, reste inféodée au « cossan et ada », (traditions et coutumes). En d’autres termes, le sénégalais qui place le « Adda et le cossan » avant le « diné » doit savoir et comprendre qu’il n’est pas dans le bon registre. De même comprendre que le talibé, quel qu’il soit, qui vénère son marabout avant de vénérer Dieu n’est pas dans le bon registre. Comprendre que la morale, tout comme la religion, ont pour finalité l’incarnation des valeurs dans le réel. Comprendre qu’en matière de religion, l’importance ce n’est pas d’etre « connaisseur », mais c’est que la religion rend « meilleur ». Je ne pense qu’il existe un sénégalais qui soit contre les « tarikhas », mais au Sénégal, à quoi servent-elles ? • Apprendre le coran, oui, • Eduquer la personne, oui, • Former la personne, oui. • Former un « citoyen sénégalais », capable de faire face aux problématiques actuelles, non
Mais à l’inverse, les tarikhas sont sources de division, de rivalité et de compétition. La conséquence c’est qu’on a un sénégalais, ou, un « musulman sénégalais » avec plusieurs référentiels, (rassurez- vous, j’en fais partie, je fais exactement comme vous) :
• Sénégalais reconnaissant un état laïc • Sénégalais préférant un état islamique avec comme constitution la charia • Sénégalais qui préfère s’affilier à telle confrérie au détriment de telle autre • Sénégalais avec comme unique référentiel la république, Touba, Tivaouane, Ndiassane, Niassène ou Layenne, ou autres • Sénégalais avec des référentiels hybrides
Au niveau individuel, ce musulman sénégalais développera les comportements suivants : • Négligence de l’école au profit du daaras • La soumission à un guide avant la soumission à Dieu • L’observance des recommandations de la confrérie avant celles de Dieu • La valorisation de l’addiyas chez le guide religieux plus tôt que l’impôt national • L’aliénation de sa propre personne au profit d’un « Léviathan terrestre » • Développement de l’analphabétisme, du radicalisme et de l’intolérance • Développement chez la personne, « du reflexe talibé » et non du « reflexe citoyen »
Au niveau national, on notera les comportements suivants : • A chaque confrérie sa lune pour la tabaski • A chaque confrérie sa lune pour la korité • A chaque confrérie ses jours de gamou • A chaque confrérie ses jours de Magal • A chaque confrérie ses jours d’ « appels » • A chaque confrérie son guide suprême
• A chaque confrérie ses hauts faits d’armes (rivalités d’exploits surtout durant le ramadan).
Au niveau supra : Dieu, qui observe le Sénégal, se dit : Mais c’est quoi ça ?
Voilà pourquoi la question centrale, objet de recherche, revient toujours : y’a t- il un islam noir qui permet à ses pratiquants cette liberté d’interprétation des écritures saintes. Il faut noter qu’un « wassila » ou guide spirituel, est une survivance de la tradition islamique, qui puisse s’apparenter à un « maitre », un « Serigne », un « guide » qui mène vers la spiritualité. De ce fait, quand Cheikh Omar Diagne parle « du caractère imparfait » des écritures de nos érudits, rien n’est méchant dans ses propos. Personne n’est contre les tarikhas au Sénégal dans la mesure où je ne jamais vu une personne parler en mal du mouridisme, du tidjannisme, etc. Seulement, dans ce monde, rien n’est parfait et c’est dans ce cadre que nous devons avoir une autre lecture, une autre écriture des anciens érudits pour voir comment intégrer nos problématiques actuelles. D’où la nécessité d’un autre questionnement :
Le musulman du 21 éme siècle peut-il jeter un regard critique et non de critique sur la pratique islamique contemporaine ? Ce sera l’objet de la seconde production
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