Une vive polémique est née après la visite de la Première Dame du Sénégal au centre d’accueil pour enfants albinos à Thiès. Le président de l’Association Nationale des Albinos du Sénégal (ANAS), Mouhamadou Bamba Diop, monte au créneau pour dénoncer un déplacement organisé sans concertation avec les véritables responsables du centre et pointe du doigt un groupe de personnes accusé de tentative de récupération du projet.
Fruit de plusieurs années de démarches et de partenariats, notamment avec des soutiens en Arabie Saoudite, le centre de Thiès constitue un joyau pour la communauté albinos du Sénégal et d’Afrique. Il est destiné à accueillir 200 enfants albinos, dans un environnement adapté à leurs besoins en santé, éducation et insertion sociale. L’ANAS, initiatrice et administratrice du projet, rappelle que ce centre est le seul du genre sur le continent, et qu’il a été entièrement porté par des ressources privées, sur un terrain appartenant à l’association.
Le président de l’ANAS affirme avoir été l’objet, depuis 2022, de nombreuses accusations infondées : terrorisme, faux et usage de faux, escroquerie. Des attaques qu’il attribue à un petit groupe de quatre individus « aigris, sans foi ni projet » qui, selon lui, ont multiplié les procédures judiciaires pour tenter de saboter le développement du centre.
"C’est grâce à la décision de la Cour d’appel de Thiès que le centre a été restitué à l’ANAS. Mais pendant cette période, ces individus ont exploité les lieux illégalement : poulailler loué, salle de classe ouverte à des enfants non-albinos… alors même que 200 enfants albinos attendent toujours l’accès au centre", déclare-t-il avec indignation.
Une visite de la Première Dame sans consultation
La visite surprise de la Première Dame, accompagnée de diplomates, a provoqué une onde de choc. Selon M. Diop, ni le ministère de la Santé, tutelle naturelle de ce type de structure, ni l’ANAS n’ont été informés.
"Même le commissaire du premier arrondissement m’a confirmé que la visite a été instruite par le préfet et le directeur de la sécurité publique", indique-t-il.
Il déplore que l’administration du centre n’ait pas été associée à l’organisation de cette visite, empêchant ainsi une mobilisation adéquate des membres de la communauté albinos pour accueillir dignement cette haute autorité.
"Il ne s’agit pas de remettre en cause le geste de la Première Dame, que nous remercions profondément. Mais nous dénonçons la manière dont cela a été orchestré, sur la base de documents falsifiés avec un faux cachet de l’ANAS", affirme M. Diop.
Une demande de poursuites judiciaires
Le président de l’ANAS appelle solennellement le procureur de la République de Thiès à se saisir du dossier. Il estime que l’utilisation frauduleuse de l’en-tête de l’association pour tromper les autorités constitue une infraction grave. Une plainte devrait être déposée dans les prochains jours.
Au cours d'un point de presse Bamba Diop a retracé les nombreuses pressions subies depuis des années, y compris sous la présidence d’Abdoulaye Wade. Il affirme avoir été convoqué à plusieurs reprises par des autorités, notamment dans des commissariats et services de renseignement, dans ce qu’il considère comme des tentatives d’intimidation visant à l’éloigner de la cause des albinos.
Pour lui, ce combat ne peut être détourné à des fins personnelles : "ce centre est une victoire de toute la communauté. Il ne doit pas être récupéré par des individus qui cherchent à récolter ce qu’ils n’ont pas semé. Nous continuerons à défendre la dignité et les droits des albinos, et à œuvrer pour leur inclusion sociale".
Malgré les obstacles, l’ANAS prévoit d’inaugurer officiellement le centre dans les mois à venir, avec la présence de ses partenaires internationaux. Le président appelle à la vérité, à la justice et à l’engagement collectif pour améliorer durablement les conditions de vie des personnes atteintes d’albinisme au Sénégal.
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