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Faut-il durcir la loi contre l'homosexualité ? L'avis de citoyens sénégalais

Auteur: Laïka-Ba (stagiaire)

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Le débat sur l’homosexualité au Sénégal resurgit avec force sur la place publique. L’arrivée récente d’un ressortissant français ouvertement homosexuel à Dakar a suscité une vive polémique. En réaction, le mouvement « Rappel à l’ordre », regroupant des organisations de défense des valeurs traditionnelles et religieuses, est descendu dans la rue pour exiger une criminalisation renforcée de l’homosexualité. Le 24 mai 2025, le ministre porte-parole du gouvernement, Amadou Moustapha Ndjekk Sarré, a annoncé sur la RTS qu’un processus législatif était en cours pour durcir la législation. Dans les rues de Dakar, nous avons recueilli les avis de citoyens sur ce sujet sensible, dans un pays à 95 % musulman où l’article 319.3 du Code pénal punit déjà les « actes contre nature » entre personnes de même sexe d’un à cinq ans de prison et d’une amende de 100 000 à 1 500 000 FCFA.
Entre tradition et rejet de l’homosexualité 
« Le peuple sénégalais souverain exige l’arrêt immédiat de l’agenda LGBTIQ+ », clame le mouvement « Rappel à l’ordre ». Axel, élève au lycée français Jean Mermoz, soutient cette position : « Il y a une culture importante au Sénégal, donc c’est normal qu’il y ait des lois contre l’homosexualité. Ces personnes devraient aller dans un pays où c’est autorisé. » Coumba Diouf, vendeuse de sandwiches et étudiante à l’UCAD, renchérit : « Le Sénégal reste attaché à ses valeurs traditionnelles et religieuses, héritées de nos ancêtres qui ont servi la population pour inculquer ces principes. En grandissant, ces choses n’existaient pas ici. Un pays musulman ne devrait pas réfléchir à cette question. »
Une priorité contestée
Pour d’autres, comme Chérif Lamine Sané, ce débat est instrumentalisé : « Ce sujet est remis sur la table pour des raisons politiques. Les Sénégalais ont d’autres maux dont l’État devrait se soucier. » Une jeune femme abonde : « L’insécurité bat son plein, il y a mieux à faire que de s’attarder sur ce sujet. » Si certains estiment la question prioritaire, d’autres la jugent secondaire face aux défis de l’emploi, de l’éducation, de la santé et de la sécurité.
La criminalisation de l’homosexualité ne se limite pas au cadre juridique ; elle soulève des questions d’identité et de cohésion sociale. Lamine Sané souligne la complexité de l’acceptation : « En famille, révéler l’homosexualité de quelqu’un peut provoquer des répercussions graves, car nous aimons vivre ensemble. » Les avis reflètent une société divisée entre un attachement aux valeurs religieuses et culturelles, majoritairement hostiles à l’homosexualité, et une reconnaissance des défis plus urgents.
Dans un pays prônant l’unité, la question demeure : une loi plus sévère est-elle une priorité nationale, une réponse à des pressions externes ou le signe d’une société en quête de repères ? Le débat, loin d’être clos, révèle les tensions entre tradition et modernité.
Auteur: Laïka-Ba (stagiaire)

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