Calendar icon
Monday 09 February, 2026
Weather icon
á Dakar
Close icon
Se connecter

Dette du Sénégal : Le FMI face à une soutenabilité de plus en plus contestée

Auteur: Yandé Diop

image

Dette du Sénégal : Le FMI face à une soutenabilité de plus en plus contestée

Le Sénégal traverse une crise de la dette. Le pays est contraint de s’endetter presque chaque mois pour faire face à ses remboursements, financer ses dépenses courantes et maintenir le fonctionnement normal de l’État. Cette situation, combinée à plusieurs dégradations de la note souveraine, a entraîné une hausse spectaculaire du coût de l’endettement sur les marchés internationaux. 

« Sur les eurobonds sénégalais, les taux sont passés d’environ 4 % à plus de 12 % en l’espace de quelques années. Une évolution qui reflète la perte de confiance des investisseurs et qui place le pays dans ce que la finance internationale qualifie de dette en détresse », selon le professeur Abdoulaye Ndiaye, économiste à la New York Université Invité du "Jury du dimanche" sur iRadio. 

À l’en croire, « officiellement, le FMI indique ne pas avoir encore finalisé son analyse de soutenabilité de la dette du Sénégal. Une formule diplomatique qui, dans le langage des institutions financières internationales, signifie qu’il n’est pas en mesure de confirmer que la dette est soutenable à ce stade ». 

Cette prudence, dit-il, contraste avec la position des autorités sénégalaises, qui continuent d’affirmer que la trajectoire de la dette reste maîtrisée. Mais sur les marchés financiers, le verdict semble déjà rendu. Les prix actuels des eurobonds sénégalais, particulièrement faibles sur les maturités de court terme, traduisent une anticipation claire : les investisseurs intègrent l’hypothèse d’une restructuration de la dette, impliquant des pertes pour les créanciers ». 

« Quand les eurobonds à court terme se négocient à des prix anormalement bas, cela signifie que le marché s’attend à un échange de titres ou à un défaut partiel », explique l’économiste.

Deux options, deux coûts

Face à cette situation, deux chemins s’offrent au Sénégal selon le spécialiste. Le premier, déjà emprunté depuis plus d’un an, consiste à continuer à faire rouler la dette, principalement sur le marché régional de l’UEMOA. Cette stratégie permet de franchir les échéances immédiates, mais à un prix élevé : des taux d’intérêt supérieurs aux financements concessionnels et une exposition croissante des banques régionales à la dette souveraine sénégalaise. Cette option présente des limites évidentes.

 À long terme, elle accroît les charges d’intérêts, déjà proches de 5 % en moyenne et appelées à augmenter et fait peser un risque sur la stabilité financière régionale. La seconde option est plus sensible politiquement : engager une restructuration ordonnée de la dette, dans le cadre du mécanisme commun du G20. Cette voie implique des négociations complexes avec l’ensemble des créanciers multilatéraux, bilatéraux (notamment la Chine et la France) et détenteurs d’eurobonds. 

« Si le coût est élevé à court terme, notamment en termes d’accès aux marchés financiers, les expériences internationales montrent qu’une restructuration bien conduite peut permettre un redémarrage économique plus sain », explique le professeur Ndiaye.

Soutenabilité et viabilité : un débat clé

Au cœur des échanges avec le FMI se trouvent deux notions souvent confondues : « La soutenabilité et la viabilité de la dette. » 

« La soutenabilité renvoie à la capacité d’un État à honorer ses obligations sans déséquilibrer durablement son budget. La viabilité, elle, s’inscrit dans le temps long : la trajectoire actuelle permet-elle de stabiliser, voire de réduire, le poids de la dette dans l’économie » ? 

Dans le cas du Sénégal, plusieurs fragilités apparaissent. Les exportations restent limitées, réduisant les marges de manœuvre extérieures. La consolidation budgétaire prévue dans la loi de finances repose largement sur des prévisions de recettes jugées très ambitieuses, sans réduction significative des dépenses. 

Pour le FMI, ces éléments rendent la trajectoire incertaine. Pour les autorités, ils restent compatibles avec un ajustement progressif. Entre les deux, les marchés ont choisi leur camp.

Une crise qui dépasse le Sénégal

La situation sénégalaise soulève aussi une question régionale. En tant que membre de l’UEMOA, le Sénégal bénéficie d’un cadre monétaire partagé, qui a jusqu’ici permis d’éviter une crise inflationniste ou bancaire immédiate. Mais cette solidarité a ses limites. Une restructuration mal calibrée de la dette régionale pourrait fragiliser les banques et rappeler le précédent grec au sein de la zone euro. 

D’où l’appel de plusieurs économistes à renforcer les mécanismes de discipline et de solidarité financière au niveau régional. « Longtemps perçue comme un aveu d’échec, la restructuration de la dette n’est plus une honte, rappellent les auteurs du rapport Ndiaye-Kessler. Dans un contexte mondial marqué par la multiplication des crises de dette souveraine, elle est devenue un outil parmi d’autres de gestion des chocs macroéconomiques » explique le Pr. Ndiaye.

Pour le Sénégal, souligne-t-il en outre, « le véritable enjeu n’est donc pas de savoir s’il faut agir, mais quand et comment. Car repousser les décisions pourrait transformer une crise gérable en contrainte durable, pesant sur l’économie et les générations futures ».

Auteur: Yandé Diop
Publié le: Dimanche 08 Février 2026

Commentaires (8)

  • image
    SETAL LII REK il y a 20 heures
    On parle d'analyse de viabilité de la dette, bande d'amateurs. Vos experts n'ont pas même le langage et bagout nécessaire pour convaincre les néophytes; parce que les analystes financiers et investisseurs ne lisent meme pas vos minables prédictions
  • image
    G Diop il y a 20 heures
    M Ndiaye retournez A New York
  • image
    Deugg il y a 20 heures
    Le FMI doit assumer ses responsabilités car leur comportement laxiste et complice a permis aux régimes de maquis sale et de Abdoulaye Wade de nous mettre dans cette situation difficile. Peut-être que c’était aussi pour permettre à la France qui est l’une des décideurs influents du FMI de contraindre le nouveau régime de renoncer à ses ambitions souverainistes et d’être sous leur contrôle. Dans tous les cas, il y’a eu des situations beaucoup plus compliquées dans d’autres pays comme l’Égypte et le FMI a été plus conciliant . Leur comportement vis à vis du Sénégal est tout à fait inexplicable et inacceptable. Les sénégalais doivent se serrer les coudes, lutter contre la corruption, mettre en œuvre la reddition des comptes et accompagner le gouvernement pour réussir ce challenge et réaliser leurs promesses, même si ça doit prendre plus de temps.
  • image
    Cliffbams il y a 18 heures
    Les moutons de sonkolait deléne fowé sen xel rek
  • image
    Moi il y a 17 heures
    Pourquoi toujours blâmer les autres pour les choses qui relèvent directement de la mauvaise gestion de l'état par les africains. Le Sénégal n'est pas le seul a avoir été mal géré depuis l'indépendance.... mais à chaque fois, c'est la faute des autres, c'est la responsabilités des autres. Le gouvernement de Macky Sall était composé de sénégalais.... pas d'étrangers.
  • image
    Julio il y a 18 heures
    C'est le 3eme article pour les lobbies du FMI qui veulent forcer le Sénégal a la restructuration, sachant très bien que ça entrainera une souffrance financière inimaginable pour le Sénégal (réduction d'au moins 30% des fonctionnaires, arrêt des subventions sur tout et perte de nos ressources naturelles au profit des occidentaux... En bref le Sénégal sera recolonisé par la France). Alioune Tine et tous ces faux professeurs sont à la solde du FMI et de la France. LE FMI doit être désespéré en ce moment comme le Sénégal s'en sort. LE pays a déjà levé la moitié des obligations pour 2026 et le reste viendra facilement. LE FMI ne pensait pas que le Sénégal trouvera les plus de 700 milliards pour ne pas faire default et déjà en Février, on en est à la moitie. 2026 devait être l'année ou ce régime jette l'éponge mais ça ne sera pas le cas... Le FMI va perdre sa bataille contre ce regime.
  • image
    Pulloh il y a 18 heures
    Dañu ko yónni.
  • image
    Ja il y a 16 heures
    Je soutiens les autorités sénégalaises sur leur décision en vers FMI
  • image
    Pr Omar Thiaw il y a 13 heures
    Et ce journal est leur directeur de communication
  • image
    Assane il y a 54 minutes
    Très bien dit. ((Pourquoi toujours blâmer les autres pour les choses qui relèvent directement de la mauvaise gestion de l'état par les africains?)).Parce que se sont de mauvais africains et mauvais sènègalais qui nous ont amener a cette cette situations. dans un pays normal aucun sitoyen ne plaide en faveurs de ces criminels finaciers. Ils mèritent tous, un traitment a la hauteur de leurs acts. J'ai toujours Soutenus que, nous avons ètè dirigès par de petits hommes, soutenus pars minables petits ignorants

Participer à la Discussion

Règles de la communauté :

  • Soyez courtois. Pas de messages agressifs ou insultants.
  • Pas de messages inutiles, répétitifs ou hors-sujet.
  • Pas d'attaques personnelles. Critiquez les idées, pas les personnes.
  • Contenu diffamatoire, vulgaire, violent ou sexuel interdit.
  • Pas de publicité ni de messages entièrement en MAJUSCULES.

💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter ou TikTok pour l'afficher automatiquement.