Selon François Pajot, ces appareils peuvent être utilisés à des fins scientifiques ou militaires : "Les vols scientifiques sont toujours programmés au-dessus des zones à très faible densité de population, afin d'éviter des accidents lors de descentes non contrôlées, comme cela semble être le cas ici." D’après lui, au vu de la présence de panneaux solaires, "il s’agit peut-être d'un ballon ‘longue durée’ amené à voler plusieurs jours". Il ajoute : "Compte-tenu des courants stratosphériques à cette époque de l'année et à cette latitude, le déplacement se fait d'est en ouest. Une provenance d'Inde ou d'un autre pays d'Asie est possible."
Mystère autour de l’origine et de la fonction de ce ballon
Cependant, François Pajot estime qu’il est difficile d’établir l’origine précise et la fonction du ballon retrouvé à Soumankoï sans avoir inspecté les instruments présents à son bord.
Notre rédaction a donc appelé le colonel Moussa Condé, le gouverneur de la région de Kankan, à ce sujet : il n’a pas souhaité s’exprimer et nous a renvoyé vers la gendarmerie. Nous avons ensuite contacté le général Balla Samoura, le haut-commandant de la gendarmerie et directeur de la justice militaire en Guinée, de même que le colonel Sékou Tidiane Camara, coordinateur général du service de renseignements à la présidence, mais nous n’avons obtenu aucune réponse à nos questions.
"Cette nacelle a pu être fabriquée n’importe où"
En 2024, 82 ballons stratosphériques ont officiellement réalisé des vols, selon les données publiées par le site Internet StratoCat. L’immense majorité a été lancée depuis les États-Unis. Le site ne recense aucun ballon lancé depuis l’Asie fin décembre.
À ces 82 vols s’ajoutent possiblement d’autres vols - militaires, espions, etc. En février 2023, l’affaire du "ballon espion chinois" au-dessus des États-Unis avait ainsi défrayé la chronique.
Stéphane Louvel, chef de mission des vols Ballons Stratosphériques Ouverts au CNES, indique : "Officiellement, les vols sont réalisés par les agences nationales, aux États-Unis (Nasa), en France (CNES), au Japon, en Chine… Mais il y a peut-être aussi des start-ups qui s’amusent à faire ce genre de vols. Cette nacelle a pu être fabriquée n’importe où."
Contactée par notre rédaction, la Nasa a déclaré "ne pas être impliquée dans la conduite d'activités scientifiques en ballon au-dessus de cette zone".
De son côté, Frédéric Courtade, manager du Groupe d'études et d'informations sur les phénomènes aérospatiaux non identifiés (Geipan), un service du CNES, indique : "Il ne s’agit ni d’un ballon ni d’une nacelle du CNES. D’autres acteurs existent, mais ils sont peu nombreux dans le monde. Les États-Unis et la France sont les plus actifs, avec la Russie. Il y a aussi eu des nouveaux entrants chinois ou autres ces dernières années. Quoi qu’il en soit, légalement, aucun vol ne peut être engagé sans avoir obtenu les autorisations de survol et d’atterrissage de tous les pays concernés."
Un second incident dans la région de Kankan
Quelques jours après la découverte de l'appareil tombé à Soumankoï, les médias guinéens ont évoqué, le 1er janvier 2025, la présence d’un second objet mystérieux qui serait aussi tombé du ciel, dans la même région, à une quarantaine de kilomètres plus au sud, à Farako. Mais selon une source de Cheick Sékou Berthe, journaliste pour Guineenews.org à Kankan, l’engin avait en réalité été découvert plusieurs jours avant le 1er janvier.
Là encore, les médias guinéens ont précisé que les autorités avaient récupéré l’objet et qu’elles s’étaient montrées peu loquaces sur sa nature. De son côté, au vu des images, Stéphane Louvel estime qu’il s’agit d’un "ballon en polyéthylène de petite taille".
L’objet retrouvé à Farako, dans la région de Kankan, en Guinée. Stéphane Louvel indique : "Le système conique (en rouge) est probablement le système de séparation, et la plaque circulaire (en jaune) est certainement le pôle au sommet de l’enveloppe." © Guineematin.com
S’agit-il du ballon relié à la nacelle retrouvée quelques jours plus tôt à Soumankoï ? Selon les experts consultés par notre rédaction, il est possible que le ballon ait dérivé sur plusieurs dizaines de kilomètres avant de toucher le sol. "Je pense que les deux objets sont tombés à quelques dizaines de minutes d’intervalle, et que le ballon a peut-être été retrouvé un petit peu plus tard", estime Stéphane Louvel.
En conclusion, les deux objets retrouvés à Soumankoï et Farako semblent provenir du même ballon stratosphérique, au vu du déroulé des événements, même si son origine et sa fonction restent floues pour le moment.
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