Réunis le 22 juin 2025 à Abuja pour leur 67? sommet ordinaire, les chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont confié la présidence tournante de l’institution à Julius Maada Bio, président de la Sierra Leone. Il succède au Nigérian Bola Ahmed Tinubu, en poste depuis juillet 2023. Mais au-delà de la transition protocolaire, cette désignation pourrait marquer un tournant dans la trajectoire politique de l’organisation.
L’accession de Bio intervient à un moment critique pour la CEDEAO. Contestée sur sa légitimité, affaiblie par les retraits du Mali, du Burkina Faso et du Niger – aujourd’hui regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) – et critiquée pour sa gouvernance perçue comme élitiste, l’organisation régionale doit se réinventer. Dans ce contexte, le profil du président sierra-léonais, ancien militaire reconverti en chef d’État élu, ouvre des pistes nouvelles.
Une présidence sous le signe de l’inclusion
Dès sa prise de fonction, Julius Maada Bio a exprimé sa volonté de rapprocher la CEDEAO des citoyens ouest-africains. Il a insisté sur les valeurs de transparence, de participation et d’inclusion, laissant entrevoir un changement de cap vers une gouvernance plus démocratique, moins technocratique et plus à l’écoute des réalités locales.
Cette orientation résonne avec les aspirations populaires exprimées ces dernières années dans plusieurs pays membres, où la défiance envers les institutions régionales et nationales a nourri le terrain des ruptures politiques. En affichant l’ambition de “rapprocher l’organisation de ses peuples”, Maada Bio se positionne à contre-courant d’une CEDEAO souvent perçue comme un club fermé de chefs d’État.
Entre symbolique politique et attentes concrètes
Le profil de Bio lui confère une légitimité particulière dans ce moment de recomposition régionale. Ancien putschiste en 1996, il a ensuite été élu démocratiquement à deux reprises à la tête de la Sierra Leone. Son parcours incarne donc une forme de transition réussie du pouvoir militaire vers le civil, ce qui pourrait faciliter un dialogue avec les régimes militaires du Sahel tout en rassurant les États membres attachés à l’ordre constitutionnel.
Mais au-delà du symbole, la crédibilité de cette présidence reposera sur sa capacité à obtenir des résultats concrets : relancer l’intégration économique, renforcer les mécanismes de sécurité régionale, et surtout reconstruire un lien de confiance entre l’institution et les citoyens.
Une CEDEAO à refonder ?
Le mandat de Maada Bio pourrait ainsi ouvrir la voie à une refondation de l'organisation, dans sa structure comme dans sa mission. La centralité du citoyen, souvent invoquée mais rarement traduite dans les faits, devient une exigence politique face aux crises de gouvernance qui traversent la région. Reste à savoir si cette inflexion sera suivie d’actes, ou si elle se heurtera aux lourdeurs institutionnelles et aux rapports de force entre États membres.
Dans un espace ouest-africain fragmenté, mais encore traversé par de fortes attentes populaires, le défi est immense. Julius Maada Bio hérite d’une CEDEAO fragilisée, mais il pourrait en faire un levier de transformation, à condition de replacer durablement les peuples au cœur du projet communautaire.
Commentaires (0)
Participer à la Discussion