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RELOGEMENT, SECOURS, SANTE, EDUCATION... - INONDATIONS : les acquis et le chemin à faire

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RELOGEMENT, SECOURS, SANTE, EDUCATION... - INONDATIONS : les acquis et le chemin à faire

Certains gardent les souvenirs d’un ailleurs de difficultés et de souffrances, d’autres ne connaissent qu’ici. La plupart, parmi cette « génération Jaxaay », s’épanouissent dans leur nouvelle cité et rêvent de lendemains meilleurs. Ils se disent heureux. C’est ce que montrent leurs visages. Et le visage d’un enfant ne ment jamais.

Une maison ordinaire à l’Unité 12B de « Jaxaay ». Celle des Gningue. Il y règne une ambiance de convivialité. Ce matin, Khady Gningue, 13 ans et sa sœur aînée, Ngoné, 15 ans, font la lessive dans l’arrière cour de la maisonnée. Dans le petit couloir qui y mène, l’air frais est enivrant. Le linge multicolore étalé sur une ligne flotte au vent. Khady aime sa nouvelle maison et se plaît dans son nouveau quartier. « Ici, c’est mieux. C’est beaucoup plus spacieux. On peut jouer et aller où l’on veut. J’aime aussi ma nouvelle école », confie-t-elle, à travers un sourire. Symbole d’une joie de vivre. Elle sait de quoi elle parle. Car malgré son jeune âge, elle se souvient, parfaitement, des années de calvaire vécues à Marché Boubess (Guédiawaye) : sa famille n’a rejoint « Jaxaay » qu’en 2008. « Là-bas, après chaque pluie, il fallait évacuer l’eau. Pour aller à l’école le matin, il fallait, également, traverser l’eau. Rien de tout cela ici », confie-t-elle. Surprenant discours de la part d’une fillette supposée être candide. Elle résume à elle seule le passé et l’avenir de centaines de familles. Au contraire de sa sœur, qui est en classe de Cm2, Ngoné, elle, plus proche de la maturité, n’a pas eu la chance d’aller à l’école. Mais, cela ne l’empêche de partager l’avis de sa cadette. « Ici, il y a la paix, c’est calme et nous nous connaissons tous », dit Ngoné. La paix ? Dans le discours de l’essentiel des jeunes enfants de « Jaxaay » que nous avons interrogés, ce mot signifie, en réalité, absence d’inondations et de moustiques.

Les jumeaux Assane et Ousseynou Nguer, 10 ans, profitent bien des vacances. L’un torse nu et en culotte Jean, l’autre en tee-shirt Lacoste et pantalon, avec deux autres camarades de leur âge, ils s’adonnent à un jeu qu’ils appellent « plan ndir » dans l’enceinte de la maison familiale, sous le regard bienveillant de leur maman qui continue ses va-et-vient entre la cuisine et la véranda. A tour de rôle, chacun, le pied levé, saute les petits carrés tracés sur le sol. Ils ont déjà largement pris leurs marques dans leur nouvelle cité.

« Nous avons la possibilité d’aller jouer au football et même de sortir dans la rue la nuit, sans aucune inquiétude », affirme Assane, le plus loquace. Si Assane et Ousseynou ne se souviennent pas de grand-chose de Gounass (Guédiawaye) - d’où vient la famille - leur aînée, Coura, 14 ans, elle, en garde quelques-uns. Pas forcément bons. *

« A Gounass, il y avait beaucoup de bandits », dit-elle. Elle se souvient de la date d’arrivée de sa famille à « Jaxaay » : « deux ans et demi ». « Non, c’est deux ans seulement », rectifie sa mère. Tandis que Coura disserte ainsi avec sa mère sur la date exacte, ses frères, les jumeaux, eux, tous deux en classe de Cm1, se disputent une place dans le futur.

« Je veux devenir pilote quand je serai grand », clame Assane. « Moi, aussi, je veux devenir pilote », ajoute son jumeau. « Non. Lui voulait être footballeur. C’est parce que j’ai dit pilote qu’il change d’avis », crie l’autre. Mais, à ce jeu, c’est la sœur, en classe de 6e, qui est la plus ambitieuse : elle veut devenir ministre. Ils peuvent se permettre de rêver. Car, comme l’a si bien perçu Balzac, l’espoir, c’est la fleur de l’ambition...

De temps à autre, un clando, sorte de taxi-brousse, le seul moyen de transport qui relie « Jaxaay » à Keur Massar, s’arrête à l’angle du quartier pour déposer un client, soulevant la poussière rouge de la piste latéritique. Le ciel est calme et beau. Seuls quelques nuages blancs le parcourent. En bas, les petites herbes qui ont commencé à pousser dessinent un tapis verdâtre. Une fête se prépare de l’autre côté du quartier. Des hommes mettent la main aux derniers préparatifs à côté de grands hauts parleurs - muets pour le moment - tandis que les femmes épluchent des légumes. Les fortes odeurs des mets embaument l’atmosphère.

A « Jaxaay » 1, où sont établis les premiers arrivés, c’est curieusement les enfants qui n’ont aucun souvenir d’ailleurs qui portent un regard critique sur leur nouvelle cité. Peut-être ceci explique cela. « Ce n’est pas agréable, ici », dit Ndèye Sarr, 6 ans. Sa famille s’est installée depuis cinq ans. A la question qu’est-ce qui la déplait à « Jaxaay », la fillette reste muette, laissant seulement paraître quelques dents de lait à travers un grand sourire. C’est sa maman qui répond à sa place. « Inconsciente que tu es. Si tu te souvenais de notre situation quand nous étions perpétuellement sous l’eau à Ndiarème (un quartier de la banlieue) tu n’aurais certainement pas dit pareil chose ». S’adressant à nous, elle ajoute : « je suis très rassurée par l’environnement sain et calme qu’il y a ici. Contrairement à là-bas, je n’ai pas de doute que mes enfants pourront grandir ici sans risque ». Ce constat est largement partagé par Coumba Diouf. Dans la maison de cette dernière à fort accent mouride, on n’oublie pas d’où l’on vient.

Les plus grands, eux, ont d’autres soucis. Enclavement, manque de débouchés à la nouvelle cité et absence d’Espace jeunes. « En dehors de quelques rares petits ateliers, il n’y a pas de boulot ici. Chaque jour, beaucoup de jeunes quittent pour aller travailler à Pikine ou Dakar. Nous n’avons pas aussi d’Espace jeunes : notre demande de pouvoir se réunir à la Case des Tout-petits pour échanger sur nos problèmes a été rejetée par le sous-préfet », résume Pape Niang, 28 ans. Toutefois, il reste optimiste pour l’avenir. « Je crois que personne parmi nous ne regrette d’être venu ici. J’espère que d’ici peu, avec la finalisation des infrastructures complémentaires, « Jaxaay » deviendra une petite ville et que les choses vont changer », dit-il.


 



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